
En cette fin avril 2025, c’est le grand ménage dans les rayons compléments alimentaires des pharmacies. Des boîtes de gélules promettant minceur ou brûlage des graisses doivent être retirées des étagères. Les autorités viennent d’en interdire la vente. La plante qu’elles contiennent, le Garcinia cambogia, est à l’origine de sévères effets indésirables : un cas d’hépatite mortelle a même été enregistré. Au total, plus de 110 références ont fait les frais de l’interdiction.
Si la mesure concernant le Garcinia cambogia est exceptionnelle par son ampleur, les compléments alimentaires font l’objet d’alertes récurrentes. Risques de surdosage, interaction avec des médicaments, contre-indications pour certains publics… Les problèmes potentiels sont nombreux. «La consommation désordonnée de compléments alimentaires est nuisible en termes de santé», tranchait l’Académie de médecine dans une position en 2022.
Un marché de 2,9 milliards d’euros en 2024
«La consommation est tellement banalisée que les Français ne pensent pas à en parler à leur médecin», déplore aujourd’hui Aymeric Dopter, en charge de l’évaluation des risques liés à la nutrition à l’Anses, l’agence de sécurité sanitaire. Il rappelle que, à l’origine, les compléments alimentaires ne servent qu’à pallier les éventuelles carences (pas si fréquentes !) d’un régime alimentaire. «Or, dans la plupart des cas, ils sont utilisés quasiment comme des produits de santé, voire comme des dopants.»
De fait, les Français se ruent sur ces comprimés ou gélules renfermant plantes, vitamines, acides aminés et substances en tout genre. Ils en ont acheté pour 2,9 milliards d’euros en 2024, soit deux fois plus qu’il y a dix ans, selon les chiffres de la fédération du secteur, le Synadiet. Si ces produits ne peuvent revendiquer un quelconque effet thérapeutique, leurs promesses foisonnent. Les compléments autour de la vitalité et l’immunité sont les plus vendus, devant ceux pour la digestion, le stress ou le sommeil, ou encore pour les voies respiratoires. «Ces quatre axes représentent 70% du marché», précise Claire Guignier, directrice des affaires publiques du Synadiet.
Pas d'autorisation de mise sur le marché nécessaire
Leur encadrement est-il suffisant ? Contrairement aux médicaments, ils ne sont pas soumis à une autorisation de mise sur le marché, mais à une simple demande d’enregistrement. «Leur mise sur le marché est plus aisée pour les fabricants», résume Céline Rivière, professeure à l’Université de Lille, spécialiste de la chimie des substances naturelles.
Ainsi, la toxicité potentielle du Garcinia cambogia n’est pas une découverte récente : s’il vient tout juste d’être interdit dans les compléments alimentaires, les médicaments en contenant ont disparu de la vente… depuis plus de dix ans ! «Pour un médicament, c’est au fabricant de prouver que son produit présente un intérêt pour le patient. Dans l’alimentation, qui inclut les compléments alimentaires, c’est aux pouvoirs publics d’apporter la preuve que l’aliment pose un problème : il y a un renversement de la charge de la preuve», explique Aymeric Dopter. L’élément clé de leur surveillance est le recensement des cas d’effets indésirables par l’Anses, via le dispositif dit de nutrivigilance. Il alimente la publication de multiples alertes publiques, comme sur le curcuma ou la mélatonine (voir notre encadré ci-dessous).
«Le complément alimentaire n’est pas un produit miracle»
Et n’espérez pas être à l’abri de tout risque en choisissant des spécialités à base de plantes. Contrairement aux idées reçues, l’origine naturelle de la substance active n’offre aucune sécurité supplémentaire. «Plus de 1 000 plantes sont autorisées dans les compléments alimentaires», relève Céline Rivière. Certaines ont un usage traditionnel reconnu en phytothérapie. «Mais pour d’autres, nous n’avons pas de recul suffisant sur leur efficacité et leurs éventuels risques», précise-t-elle.
Pour les fabricants, la réglementation actuelle suffit pour que les compléments alimentaires soient sûrs et sans danger. Le Synadiet invite tout de même les consommateurs à bien lire les doses à respecter et les éventuelles contre-indications : «Elles figurent obligatoirement sur l’étiquette extérieure du produit, pour être accessibles avant l’achat», souligne Elodie Veyret, sa directrice réglementaire. Dans ses conseils de bon usage, l’organisme met aussi en garde contre la prise concomitante de plusieurs compléments, qui expose à des surdosages. Et conseille de fuir les produits aux «promesses trop aguicheuses» en le rappelant : «Le complément alimentaire n’est pas un produit miracle».
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