
Une pierre deux coups. La ville de Paris a annoncé suspendre son compte X (ex-Twitter) le 20 janvier, le jour de l'investiture de Donald Trump à la maison blanche. «Plus que jamais, Paris est attaché aux faits et à la véracité de l'information», a déclaré la municipalité dans l’un de ses derniers posts. Le réseau social, racheté par le milliardaire américain Elon Musk en octobre 2022 est frappé par une vague de départs depuis la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine.
Il faut dire que le patron de X, Tesla ou encore Space X, a investi massivement dans la campagne électorale de Donald Trump utilisant notamment son réseau social comme relais de ses idées. Sa stratégie a payé, puisque le milliardaire a obtenu un poste à la Maison blanche : il sera bientôt à la tête d’une nouvelle «commission à l’efficacité gouvernementale».
#HelloQuitteX Informer toutes celles et ceux qui s’intéressent à Paris ici était la mission de service public de @Paris. Au fil du temps, celle-ci est devenue complexe puis impossible. pic.twitter.com/ffNlDHLRMm
— Paris (@Paris) January 16, 2025
«Depuis peu, X est soupçonné d'ingérence dans la vie démocratique de certains Etats», dont l'Allemagne et le Royaume-Uni, justifie dans un communiqué la mairie de Paris, la collectivité la plus suivie de France avec 2,2 millions d'abonnés sur le réseau où elle était active depuis 2009. «Face à cette dérive qui sape les fondements de la démocratie», Paris quittera X au profit de Bluesky, suivant les pas de la maire de la ville qui a été la première personnalité politique française à cesser son activité sur le réseau social où elle était suivie par 1,5 million de personnes.
Des départs en cascade pour le réseau social X
Début janvier, l’AP-HP (Assistance publique - Hôpitaux de Paris), a également annoncé son départ de la plateforme. «Cette décision est une démarche de toute l’institution et prend effet immédiatement», a précisé l’AP-HP dans un communiqué se justifiant en pointant du doigt des «conditions de régulation et de modération» qui ne permettent plus «de garantir un cadre de communication compatible avec la lutte contre la désinformation, le respect d’un débat apaisé et la protection des valeurs qui fondent la mission médicale et scientifique» de l’établissement.
Plus tôt, d’autres ont fait savoir leur départ de X comme la CFDT, Greenpeace France ainsi que certains médias comme Sud-Ouest et Ouest France, ce dernier considérant que «X a tourné le dos aux médias et n’offre pas les conditions nécessaires à l’exercice serein du journalisme». A l’étranger, le quotidien espagnol La Vanguardia et le britannique The Guardian, ont eux aussi passé le cap. Ces derniers jours, les journaux La Voix du Nord et Mediapart ont fait de même alors même que la Commission européenne a annoncé, le 17 janvier de nouvelles mesures techniques dans l'enquête contre X ouverte le 18 décembre 2024. Le réseau social est accusé de répandre de fausses informations et de manipuler le débat public en Europe.
X, le réseau social en perte de vitesse
Depuis la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine, le réseau social d’Elon Musk - fervent supporter du nouveau président des États-Unis - est boudé par les utilisateurs. Environ 115 000 comptes auraient été désactivés outre-Atlantique au lendemain du scrutin, estime Euronews. Dans le cadre du règlement numérique de l’UE (loi sur les services numériques - DSA), la plateforme doit rendre public son nombre d'utilisateurs à l’échelle de l’Union européenne. Ainsi, le nombre d’utilisateurs mensuels dans l’UE est passé de 111,4 millions dans les six mois précédant janvier 2024 à 106 millions au cours des six mois précédant juillet 2024.
En parallèle, les réseaux sociaux similaires à X, comme Bluesky, développé par Jack Dorsey, fondateur de Twitter, gagnent en popularité. Le 20 novembre, le PDG du groupe, Jay Graber, a affirmé que la plateforme totalise désormais 20 millions d’utilisateurs grâce notamment à une augmentation d’un million de nouveaux utilisateurs par jour sur les cinq derniers jours. Selon une étude diffusée par Similarweb, le 13 novembre 2024, Bluesky a presque fait aussi bien que Threads qui était jusque-là le concurrent principal de X. Ce jour-là, les deux plateformes ont réuni chacune près de 6 millions de visiteurs. En avril dernier, le réseau social du groupe Meta a dépassé X aux Etats Unis en termes de nombre d’utilisateurs revendiquant 150 millions d’utilisateurs contre 140 millions pour X.
Le réseau social souffre également de la fuite de ses annonceurs ce qui pourrait lui faire perdre jusqu’à 75 millions de dollars de revenus publicitaires cette année. IBM, Apple et Disney ont déjà suspendu leur campagne publicitaire sur la plateforme. Selon le New York Times, plus de 200 unités publicitaires de sociétés comme Airbnb, Amazon, Coca-Cola ou Microsoft envisagent de suspendre ou d’interrompre leur campagne publicitaire.
La modération du réseau social X remise en cause
En cause ? Les dérives du réseau social depuis le rachat par Elon Musk. «Après le flou entretenu autour des “pastilles bleues” (anciennes certifications indiquant la fiabilité d’une source, devenues de simples badges d’utilisateurs payants), le réseau a modifié les conditions de blocage, nuisant ainsi à la sécurité des utilisateurs et offrant une brèche de taille face au cyberharcèlement», a pointé du doigt Ouest France après son départ de la plateforme. Le «manque de modération et de régulation» de la plateforme pose également problème, faisant la part belle à des contenus douteux. The Guardian a également justifié son choix de quitter X face au «contenu souvent dérangeant promu ou trouvé sur la plateforme, y compris les théories conspirationnistes d’extrême droite et le racisme», a précisé le journal.
Une étude du Center for Countering Digital Hate, démontre qu’un mois après le rachat par Elon Musk, les messages d’insultes anti-noirs américains ont bondi de 202%, rapporte The Atlantic. L’anti-Defamation League révèle que les tweets antisémites ont augmenté de 61% dans les deux semaines après la prise de contrôle par le milliardaire.
Enfin, le Washington Post a résumé un rapport de L’Institute for Strategic Dialogue, indiquant que le contenu pro-Hitler «atteignait les plus grandes audiences sur X (par rapport aux autres plateformes sociales) et était le plus susceptible d'être recommandé par l’algorithme du site».



















