
«Pour le prix d’un concert, offrez-vous un festival.» Ce slogan des organisateurs de Solidays, avec à sa tête l’association Solidarité Sida, qui monte depuis 1999 ses chapiteaux chaque fin du mois de juin sur l’hippodrome de Longchamp à Paris, continue d’attirer 250 000 personnes sur un week-end. Et si le prix d’appel est toujours ultracompétitif (à partir de 39 euros), le festival s’est plié aux règles du yield management, cette tarification dynamique très connue dans le transport et l’hôtellerie. Conséquence : plus personne ne paie le même prix.
Pour s’offrir leur pass trois jours, les festivaliers ont vu les paliers tarifaires grimper de 10 euros en 10 euros, passant de 39 à 159 euros ! C’est toujours moins cher que trois billets à la journée de 64 euros, mais c’est désormais dans les standards de la concurrence (153 euros les trois jours aux Vieilles Charrues, à Carhaix, en Bretagne ; 155 euros aux Eurockéennes de Belfort). «Il y a dix ans, on trouvait des pass trois jours à moins de 100 euros, sans problème. Aujourd’hui, c’est plus compliqué, même si, au final, c’est pour la bonne cause», confie Christophe, fidèle festivalier depuis vingt ans.
«Pour les collectivités, la culture est un élément d’attractivité»
Et la billetterie pèse lourd dans les business plans. Aux Francofolies de La Rochelle (du 10 au 14 juillet prochains), sur un budget de fonctionnement de 6 millions d’euros, la vente de tickets rapporte 2,6 millions d’euros avec un système bien différent de Solidays. Chaque soirée est à prix fixe (60 euros la Grande Scène + 5 euros pour un billet coupe-file). En ajoutant le mécénat et les partenariats commerciaux (1,9 million), la part de ressources privées monte à 76% du budget des «Francos» selon un rapport de la Cour des comptes publié en 2023.
A l’inverse, au festival Musica de Strasbourg, créé en 1982, sur les 2 millions d’euros de budget, 86% relèvent de subventions publiques (Etat et collectivités locales). «La grande vague de décentralisation des années 1980 a donné le signal de la “festivalisation” du pays. Les collectivités ont vu que la culture pouvait être un élément d’attractivité touristique», remarque Emmanuel Négrier, directeur de recherche au CNRS.
Ce spécialiste de l’économie des festivals enquête depuis des années sur le spectacle vivant et constate des mutations. «Tous les festivals ont mis le paquet en 2022 pour le redémarrage après le Covid. Les taux de remplissage sont bons (90%) sur les grosses affiches, mais les dépenses de logistique, de sécurité et les cachets des artistes sont en forte hausse. Or les organisateurs ne peuvent pas trop répercuter ces coûts sur les festivaliers, qui paient déjà cher leur place. Et cet effet ciseaux va se renforcer avec la baisse des subventions publiques», poursuit le spécialiste. D’après une étude menée en 2023 par le Centre national de la musique (CNM), 43% des festivals avaient ainsi bouclé l’année dans le rouge, avec un déficit moyen de 115 400 euros.
Le cachet des stars s'envole
Il faut dire que la compétition pour attirer les artistes n’a jamais été aussi forte. «Pour certains chanteurs, les festivals pèsent la moitié de leur revenu annuel. Et comme il y a concurrence entre les organisateurs, les enchères s’envolent. Pour une star internationale, le cachet dépasse le million d’euros. Pour un artiste français bankable, le set d’une heure peut atteindre 500 000 euros…», détaille Emmanuel Négrier.
Si le montant des cachets varie en fonction de l’aura de la scène, les trois quarts des festivals français reconnaissent consacrer la moitié de leur budget dans la production artistique. Un poste de dépense qui, depuis 2022, n’a cessé de progresser pour le plus grand plaisir des artistes, qui trouvent dans le live un relais de croissance vital face à la chute des ventes de disques.
Le chiffre
500 000 euros : le cachet que peuvent toucher les artistes français les plus renommés pour un set d’une heure
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