Philippe Salle, le nouveau président d’Atos, aurait-il des envies d’ailleurs ? Selon un document présenté au Comité social et économique jeudi, la multinationale du numérique prévoit de transférer ses actifs français dans une double holding, Dutchco, implantée aux Pays-Bas. Il ne s’agit pas à proprement parler de délocaliser les activités de l’entreprise, mais d’opérer un montage juridique et financier pour payer moins d’impôts. « L’intérêt de cette opération est de réduire la fiscalité sur les plus-values de cessions d’actions et sur les dividendes », décrypte un spécialiste en fiscalité internationale, qui a analysé ce document pour Capital.

Ce transfert est une demande des créanciers d’Atos qui contrôlent désormais le capital du groupe. Après de nombreux rebondissements, ceux-ci avaient consenti à convertir 3,1 milliards d’euros d’emprunts et d’intérêts en capital, afin d’alléger la dette globale de l’entreprise, qui s’élevait à près de 5 milliard d’euros. Ce plan de restructuration, qui prévoit par ailleurs de réinjecter 1,7 milliard d’euros d’argent frais, sous forme de nouveaux emprunts, a été validé hier par le tribunal de commerce.

Une ambiance à couper au couteau

Dès lors, cette exfiltration fiscale hors de France interroge d’autant plus que les responsables d’Atos n’ont pas manqué de faire de la survie de l’ancien champion du numérique un enjeu de souveraineté nationale. L’opération risque en tout cas de crisper Bercy, qui refuse de commenter. En avril, Bruno Le Maire avait consenti un chèque de 50 millions, sous forme de prêt, pour redonner un peu d’air à son ex-fleuron à bout de souffle. Et aujourd’hui, c’est son successeur Antoine Armand qui est entré en négociation avec le groupe français pour sauver ses activités jugées les plus sensibles, en particulier le calcul haute-performances, les systèmes d’écoutes et certaines activités de cyber-sécurité. Il y a quelques semaines, Atos avait refusé l’offre de l’Etat, environ 700 millions d’euros, la jugeant insuffisante.

Depuis, les pourparlers traînent en longueur. Cette nouvelle bisbille pourrait remettre un peu d’huile sur le feu entre l’Etat et son ex-fleuron du numérique, qui prévoirait par ailleurs de supprimer près de 400 postes en France d’ici 2 ans. Du coup, l’atmosphère est déjà à couper au couteau. Hier, le ministère des Armées a officiellement annoncé la commande d’un supercalculateur pour l’Agence ministérielle de l’intelligence artificielle de défense, une institution créée il y a quelques mois. Atos avait participé à l’appel d’offres mais c’est finalement le duo franco-américain formé par Orange et Hewlett-Packard qui a raflé le contrat, estimé à une centaine de millions d’euros.