Une «bombe sociale». Alors que Sébastien Lecornu a décidé d’activer l’article 49.3 de la Constitution pour faire adopter son budget faute de majorité et de débats qui s’enlisaient, l’une des mesures du texte a suscité de vives réactions. En effet, parmi le volet dépenses figure la fin du financement du permis de conduire grâce au Compte personnel de formation (CPF), à l’exception des demandeurs d’emploi. Une mesure fustigée dans un communiqué par Philippe Nozière, le président de 40 millions d’automobilistes, qui évoque «un mépris total pour ceux qui travaillent et vivent en dehors des métropoles». «La mobilité n’est pas un luxe, c’est une nécessité pour vivre et travailler», a-t-il abondé. Quant au vice-président de la Fédération des enseignants et auto-écoles d’avenir (Fenaa), Edouard Rudolf évoque une «bombe sociale», rapporte franceinfo.

Il faut dire qu’avec cette annonce, c’est toute une génération qui est sacrifiée. Que ce soit les jeunes actifs ou les salariés modestes, nombreux sont ceux à avoir cotisé tout en mettant de côté leur épargne CPF pour financer leur permis de conduire. Pour preuve, depuis 2019, le permis B - dont le prix est en moyenne de 1 500 à 2 000 euros - était devenu la formation la plus financée par le CPF avec 23% des formations financées en 2023 selon la Dares.

«Une fracture sociale énorme»

Alors que près d’un candidat sur quatre au permis de conduire a financé son examen grâce à son épargne CPF, la fin du financement de cet examen risque de créer «une fracture sociale énorme» pour Edouard Rudolf qui rappelle que «les principaux utilisateurs du CPF sont les plus précaires». Toujours selon ce dernier, cette suppression écarte par conséquent et de façon immédiate «les gens qui en ont le plus besoin pour travailler».

Si désormais le risque est, selon l’association 40 millions d’automobilistes, de voir se multiplier les travailleurs contraints de conduire sans permis de conduire ni assurance avec une hausse des risques pour la sécurité routière, le vice-président de la Fenaa, lui, tire la sonnette d’alarme sur la situation économique à venir pour les auto-écoles. «Arrêter du jour au lendemain un flux important [de candidats] c’est aussi fragiliser économiquement toutes les auto-écoles de France», s’alarme-t-il. Et d’ajouter en faisant référence aux candidats qui financent leur permis grâce au CPF : «On est en train de leur dire : "il faut que vous soyez au chômage pour pouvoir vous former"»