Loin de l'image poussiéreuse d'un lieu réservé à une clientèle ouvrière friande de paris sportifs et de ballons de rouge, le bar PMU est le véritable microcosme d'une société plurielle. Et une institution typiquement française. C'est ce que tend à démontrer une récente enquête de la Fondation Jean-Jaurès et de l'Ifop, chiffres à l'appui. Le premier est sans doute le plus révélateur : avec plus de 14 000 points de vente en France, les bars PMU confirment leur ancrage territorial fort, aussi bien en milieu urbain que rural. A titre de comparaison, La Poste aligne 7 000 bureaux de «plein exercice». Et si les bars et restaurants PMU résistent au temps, aux modes et aux idées reçues, c'est parce que la mixité les en préserve : générations, origines et classes sociales s'y côtoient sans a priori.

Alors que les tensions politiques et sociétales s'exacerbent sur les réseaux sociaux, les PMU sont des espaces qui rassurent et réconcilient. Chaque semaine, 11% de la population française, soit environ 7 millions de personnes, s'y retrouvent non seulement pour partager leurs pronostics hippiques, mais aussi leurs bons plans, leurs services, leurs petits tracas ou leurs grands bonheurs, les soucis scolaires du petit dernier ou les ennuis de santé du grand-père. Entre deux cafés, on y forme un réseau de micro-solidarité. Il n'est pas interdit d'y voir un rempart contre le tout-connecté, un espace de vivre-ensemble «pour de vrai» - peut-être l'un des derniers.

«C'est à l'ancienne. C'est villageois»

Dans une société en manque de repères, les habitudes sont un rempart. Et le bar PMU est précisément un espace de rituels immuables, comme l'indiquent l'étude et ceux à qui elle donne la parole. Robert, 68 ans, habitué d'un PMU de Saint-Etienne, dit y retrouver ses amis «tous les matins», pour partager conseils et anecdotes autour des courses, perpétuant «une passion transmise par [son] père.» Pour un autre client, venir ici, c'est «passer un bon moment, discuter avec les autres et parfois, gagner un peu pour s'offrir un restaurant.» Un autre, accoudé au comptoir de la cité phocéenne, témoigne : «C’est à l’ancienne. C’est villageois. De toute façon, Marseille, c’est un village.» Avant d'aller travailler, on s'y pose pour boire un double expresso en grattant un ou deux tickets de jeu. Le soir, on s'y réunit pour commenter les matchs de football, devant un écran unique – ce qui, de nos jours, relève presque de l'incroyable.

En somme, l'enquête de la Fondation Jean Jaurès et de l'Ifop montre que les bars PMU sont un bastion de la convivialité à la française - celle qui le temps d'un moment de partage, exclut le vouvoiement, le jugement et les conventions - des laboratoires sociologiques où se tissent des liens solides et durables. A l'ère du numérique et de l'entre-soi, comme le résume le document, le PMU se présente finalement comme un lieu «assez universel, donnant à ceux qui le fréquentent l’impression d’un brassage des populations, des générations, des genres et des origines

La diversification : le secret de la popularité

Fort de sa résistance hors du commun et de l'attachement que lui vouent les Français, le PMU se diversifie : tabac, épicerie, presse, jeux de hasard, paris hippiques, débit de boissons, restauration, organisation d’événements locaux, relais colis… C'est l'un des secrets de sa popularité et de sa longévité : on le dit «traditionnel», mais il sait s'adapter aux nouvelles habitudes de consommation et au besoin, peut-être inconscient, de réconciliation entre deux catégories de la population souvent mises dos à dos et caricaturées en «populo» et «bobo». Un exploit qui valait bien une étude de 40 pages.