La porte tambour de l’hôtel Le Bristol ne voit pas tous les jours passer des policiers escortant un homme pour l’emmener en garde à vue. Le sas du palace parisien niché à deux pas de l’Elysée est d’ordinaire franchi par des personnalités de la politique, du CAC 40 ou du showbiz, venus prendre le thé dans ses salons XVIIIe. Quant à ceux qui y dorment, à 1.000 euros la chambre de base, ce sont plutôt des stars américaines en tournée ou des millionnaires moyen-orientaux. Ce 16 octobre 2011 pourtant, un concierge de l’hôtel traverse le hall feutré encadré de trois policiers. Que lui reproche-t-on ? Trois jours plus tôt, vers 19h30, il sortait du Bristol une sacoche noire à la main. A l’intérieur : le contenu du coffre-fort de son supérieur, monsieur T., soit une importante somme d’argent, des commissions et des pourboires versés par les clients. Le chef concierge, mis à pied une demi-heure plus tôt, avait demandé ce petit service à son collègue, sachant qu’il ne mettrait sans doute plus les pieds dans sa loge.

Voilà le point de départ d’une affaire où l’on croise pêle-mêle un sultan saoudien, un agent SNCF, une société de limousines… et beaucoup de billets. Parce qu’elle a valu des années de procédures devant la justice, elle lève un coin du voile sur l’univers secret des grands hôtels. Et met en lumière le rôle complexe d’un de leurs personnages centraux : le chef concierge. «C’est celui qui sait tout, mais qui ne dit rien», résume un membre parisien de cette confrérie. «Cela nous porte préjudice : cette discrétion peut laisser croire que nous avons quelque chose à cacher», reconnaît aujourd’hui monsieur T., l’ancien détenteur du poste au Bristol.

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