
De l'aérospatiale au ferroviaire, l'ancien patron d'ArianeGroup, Martin Sion, qui a pris ses fonctions mercredi 1er avril de directeur général d'Alstom, devra utiliser sa «vaste expérience industrielle» acquise au sein du groupe Safran pour renforcer «les capacités d'exécution d'Alstom», a espéré le géant du rail mercredi. Nommé depuis octobre dernier, il succède à Henri Poupart-Lafarge, 56 ans, qui, après dix années et trois mandats à la tête de l'entreprise française qui fabrique le TGV, avait «choisi de ne pas solliciter un nouveau mandat», a rappelé Alstom dans un communiqué mercredi.
M. Sion, 57 ans, ingénieur diplômé de Centrale Paris, rejoint Philippe Petitcolin, président du conseil d'administration d'Alstom et ancien patron de Safran, ainsi que Bernard Delpit, directeur financier, lui aussi issu du même groupe Safran, actionnaire d'ArianeGroup. «C'est la Safran connection», qui sera chargée de relever «le défi industriel et boursier» d'Alstom, a souligné pour l'AFP un analyste observateur du CAC 40.
Les retards de livraisons de trains pointés
Safran, qui fabrique les Leap et les CFM56, moteurs d'avions civils les plus vendus au monde équipant aussi bien Boeing qu'Airbus, est «un modèle d'exécution industrielle», avec aussi «un cours de Bourse étincelant» qui a explosé de 141% en cinq ans, porté par l'attrait récent pour le secteur de la défense, a commenté ce même analyste. En clair, côté industriel, M. Sion est attendu pour qu'Alstom en finisse avec ses «problèmes d'exécution», et les «retards de livraison de trains» dont se plaignent ses clients exploitants de réseaux ferrés ou urbains, et pour faire remonter son cours de Bourse, signe d'une fâcherie avec les investisseurs, soulignant les analystes.
Ces derniers mois, aussi bien les responsables d'Ile-de-France Mobilités (IDFM), l'autorité organisatrice des transports en Ile-de-France, que ceux de la SNCF se sont plaints publiquement des retards de livraison des nouvelles rames du RER B comme de celles du futur TGV à deux étages, tous deux fabriqués par Alstom. «Il va falloir qu'il applique les principes rigoureux, disciplinés de Safran pour réduire les délais de livraison des clients mécontents», a souligné l'analyste.
Redressement boursier après des années de restructuration
Côté boursier, Alstom, sorti du CAC 40 depuis 2024, est désormais coté sur le marché Next 20. Son titre a dégringolé de 38% en cinq ans, mais plutôt tendance à remonter ces derniers mois. Mercredi, Alstom a préféré saluer les réalisations du partant Henri Poupart-Lafarge, au sein du fleuron industriel français, bousculé ces dernières années par un schéma de restructuration européen contrarié. Il lui a exprimé sa «profonde gratitude» pour «son engagement constant et les avancées structurantes qu'il a portées». En 2019, Alstom, qui devait se marier avec l'allemand Siemens en vue de constituer un géant européen du rail, s'est en effet heurté au veto de la Commission européenne, l'obligeant à revoir toute sa stratégie.
Sous la houlette de M. Poupart-Lafarge, Alstom s'est affirmé «comme un acteur incontournable de l'industrie ferroviaire mondiale», a souligné le groupe dans son communiqué. Le chiffre d'affaires est passé «d'environ 6 milliards d'euros à 18,5 milliards d'euros, avec l'une des rentabilités les plus élevées du secteur». Et M. Poupart Lafarge a piloté «l'intégration réussie de Bombardier Transport», donnant au groupe une «nouvelle dimension», dans les «leaders mondiaux du transport ferroviaire», et a également privilégié Alstom.



















