C’était il y a seulement un an. Auditionné par les sénateurs, Patrick Drahi fait le show avec sa faconde habituelle. «SFR était une entreprise en déclin quand je l’ai rachetée: déclin du chiffre d’affaires, d’abonnés, image très mauvaise», fanfaronne-t-il. Et de prouver par A + B qu’il a fait de l’opérateur un champion à la force de ses bras. Il est alors loin de se douter que le tableau avantageux qu’il vient de peindre va voler rapidement en éclats. Au moment de fêter ses trente ans d’existence, SFR est redevenu l’homme malade des télécoms français.

Depuis l’année dernière, il a perdu 385.000 clients sur le mobile et 200.000 sur le fixe. Les bénéfices avant intérêts de sa maison mère Altice France, qui comprend aussi les médias BFMTV et RMC, ont baissé de 5,7%. C'est aussi le seul opérateur dont le Free Cash Flow est négatif au deuxième trimestre 2023. Cela signifie que les flux de trésorerie liés à l'activité sont dans le rouge une fois déduit les investissements. En conséquence, il n'y a pas assez d'argent généré pour rémunérer les actionnaires via des dividendes ou rembourser la dette.

Or, Altice France traîne justement sa dette comme un boulet. Elle s'élevait, au 30 juin dernier, à près de 24 milliards d’euros, et de 60 milliards pour tout le groupe et ses antennes à l’international. Alors que Patrick Drahi se préparait à rembourser la première échéance d’importance, un énorme scandale de corruption a éclaboussé son groupe au cœur de l’été. Son plus proche collaborateur, cofondateur d’Altice et homme fort de SFR, Armando Pereira, a été arrêté le 13 juillet au Portugal. Il est soupçonné de corruption, blanchiment d’argent et fraude fiscale par la justice. Il aurait non seulement floué le fisc local mais aussi Altice Portugal et tout le groupe, via un système de surfacturation des achats. De quoi sérieusement émousser la confiance des créanciers de Patrick Drahi, même s’il se présente comme la première victime de son ancien bras droit. Pour refinancer sa dette, il va devoir accepter des taux plus élevés, déjà en hausse à cause de l’inflation. Et se séparer de certains actifs pour faire rentrer du cash.

Plus aucun scénario n’est dès lors exclu, pas même la vente partielle de SFR, comme Patrick Drahi l’a évoqué une première fois à demi-mot lors de la présentation des résultats financiers d’Altice France début août, puis confirmé à l’occasion de sa tournée à Londres et New York début septembre, pour rassurer les investisseurs.

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