Le torchon brûle au sein de la galaxie Mulliez. Le groupe nordiste, qui chapeaute les enseignes telles que Kiabi, Auchan, Leroy Merlin ou Decathlon, est en pleine tourmente. La raison ? Le milliard d’euros de dividendes, dus au titre de l’exercice 2024, que l'enseigne de sports Decathlon s’apprête à verser à son actionnaire, l'association familiale Mulliez (AFM). Une annonce qui ne passe pas du tout chez les syndicats et les salariés, quand on sait que près de 2 400 emplois sont menacés au sein du groupe Auchan, qu’une dizaine de magasins de la marque risquent de fermer, et que l’enseigne de bricolage Leroy Merlin a elle-même mis en œuvre un plan de rupture conventionnelle collective, visant 130 postes.

Le président de l'enseigne de sports Decathlon, Fabien Derville, est monté au créneau dans les colonnes de La Voix du Nord, pour tenter d’expliquer le versement de ce dividende. Selon lui, ces fonds n’iront pas gonfler les comptes en banque des Mulliez, dont la fortune familiale est estimée à 26 milliards d'euros. Mais seront plutôt réinvestis dans le groupe, à des fins de développement, notamment pour de «nouveaux métiers, l’accélération de nos entreprises cœur et le cas échéant support à la transformation», a-t-il indiqué. Il précise que cet argent correspond à des «résultats cumulés de l'entreprise qui n'ont pas été distribués par le passé au travers de dividendes».

Des mobilisations chez Auchan et Decathlon les 6 et 7 décembre

Mais la pilule ne passe toujours pas chez les syndicats. «Pas d'argent pour les négociations seniors, la mutuelle ou les négociations annuelles obligatoires, mais dans le même temps les actionnaires familiaux ponctionnent un milliard d'euros de dividendes», s’est indigné la CFTC. Alors les réactions ne se sont pas faites attendre. Un rassemblement a été organisé par la CGT mercredi 4 décembre dans le magasin Auchan de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne). Environ 200 militants ont bloqué l'accès à l'hypermarché. Vendredi 6 décembre, une seconde mobilisation, menée par la CFDT, est prévue chez Auchan à Villeneuve-d’Ascq (Nord), en soutien aux salariés touchés par le PSE (plan de sauvegarde de l'emploi) et en réponse aux dividendes versées aux actionnaires de la famille Mulliez. «C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, nous ne pouvons pas rester sans agir», indique le syndicat. Pour monter d’un ton, le syndicat appelle également à une journée de grève dans les 320 magasins Decathlon de France le samedi 7 décembre, choisissant sciemment un jour crucial pour les achats de Noël. Le mécontentement gronde et pourrait se transformer en tempête. Contactée par Capital, la CFDT Auchan Retail France nous a indiqué ne pas exclure une action d’envergure réunissant plusieurs enseignes de la galaxie Mulliez, sans pour autant nous donner de date précise.

Sur un autre front, la CFDT Auchan Retail France a demandé aux parlementaires et aux sénateurs l’ouverture d’une commission d’enquête afin de savoir où sont partis les 500 millions d’euros du CICE (Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi), dont le groupe Auchan a profité entre 2013 et 2018.