Le lundi matin en gare de Laval (Mayenne), les salariés de Lactalis ne sont pas les seuls à descendre du TGV en provenance de Paris. Chaque semaine, une dizaine de stagiaires envoyés par TotalEnergies, Faurecia, Stellantis ou Carglass guettent le taxi qui agite la pancarte «Châteaux des langues», du nom de l’organisme qui les attend pour cinq jours de formation intensive à l'anglais. Le trajet jusqu’au domaine dure un petit quart d'heure, mais il faut en profiter : le chauffeur est le dernier à parler français avant vendredi… D’ici là, les cours de grammaire autant que les ateliers de conversation, les repas et même les pauses-café se passeront dans la langue de Shakespeare. Un matraquage en règle qui doit permettre à chaque élève de monter d’un cran sur l’échelle de Richter de l’anglais, dit Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL, avec ses notations A1, A2, B1…). Let’s go !

Mais, si le rythme est soutenu et l’objectif ambitieux, le cadre est parmi les plus idylliques qui soient pour une formation professionnelle. Les élèves vivent et étudient au château de la Mazure, une belle demeure du milieu du XIXe siècle, propriété de la famille le Marié depuis quatre générations. Le petit déjeuner est pris dans l’office, digne d’un décor de «Downton Abbey», tandis que les très redoutés exercices de compréhension orale se déroulent dans la bibliothèque. Ici, l’argent des formations finance non seulement les salaires des 10 employés de l’entreprise (professeurs, cuisiniers…), mais aussi l’entretien de la maison et la restauration de ses trésors – des plafonds peints suspendus, des murs en cuir de Cordoue, de magistrales tapisseries de style Aubusson…

Heureusement, la PME maison est florissante ! Avec plus de 500 adultes et une centaine d’enfants accueillis l’an dernier, Châteaux des langues a enregistré 1,5 million d’euros de chiffre d’affaires en 2022. «La Mazure est une petite maison en taille, mais nous faisons quasiment autant de chiffre d’affaires que Vaux-le-Vicomte, le premier château privé de France», souligne Thibault le Marié, qui a repris depuis dix ans l’activité initiée en 1983 par sa mère Aude le Marié (anciennement Langue et Nature).

Se démener de la sorte pour monter un business rentable serait-il le dernier privilège des châtelains du XXIe siècle? «On n’a plus affaire à des hommes qui fument la pipe et attendent le jour de la chasse. Les néochâtelains sont de vrais dirigeants d’entreprise, motivés par un projet de vie et leur amour des vieilles pierres», décrit le bien nommé Julien Marquis, qui a créé Chasseur de châteaux, une agence de coaching qui a déjà accompagné une quinzaine de ces repreneurs nouvelle génération. Mais, alors que la France compte 30.000 de ces demeures d’exception, dont un millier seraient à vendre, les entrepreneurs du patrimoine ne sont encore qu’une poignée à assumer de mêler vieilles pierres et business plan.

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