Avec ce qu’elle collecte au titre de l'épargne réglementée (Livret A et autres), la Caisse des dépôts a les moyens de consacrer 100 milliards d’euros à la transition énergétique et peut-être 20 milliards d’euros à la filière nucléaire _ si le gouvernement en décidait ainsi _ et cela, sans nuire à sa capacité de financement du logement social, qui reste sa priorité. Le maintien du taux du Livret A a 3% a d’ailleurs fait repartir la construction dans le logement social, le volume de prêts accordés aux bailleurs sociaux ayant enregistré un rebond de plus 80% depuis septembre.

La Caisse confirme également réfléchir au financement du secteur de la défense, comme l’a révélé «Les Echos», sans vouloir commenter davantage. Très active dans le secteur des Ehpad, elle vient par ailleurs d’obtenir le feu vert de la cour d’appel de Paris pour racheter le groupe privé de maisons de retraite Orpea, sans offre publique d'achat (OPA). L’enjeu ? Éviter que 80 000 salariés et 280 000 résidents ne se retrouvent au tapis. Toutes les réponses d'Eric Lombard, directeur général du groupe Caisse des Dépôts.

Capital : La collecte nette du Livret A a fléchi en septembre…

Eric Lombard : Livret A et Livret de développement durable et solidaire (LDDS) ont tout de même une collecte nette de 41,41 milliards d’euros depuis le début de l’année, plus que sur l’ensemble de l’année 2022 (33,5 milliards d’euros). Avec ces sommes nous pourrions financer les deux tiers du programme nucléaire Français ! Le taux de rémunération qui reste à 3 % y est certainement pour quelque chose. Après 41 milliards de plus cette année, il est normal que la collecte ralentisse. Il y a une vraie compétition, les banques qui veulent aussi capter cette épargne, font maintenant des propositions de rémunération des dépôts à terme ou de Sicav monétaires très compétitives. Même si la dernière collecte mensuelle est un peu en baisse, 2023 reste une année exceptionnelle.

Le rendement du livret A doit être corrélé à l'inflation pour protéger les épargnants. Il est bloqué à 3 %. Est-ce normal ?

Le taux du livret A est basé sur l'inflation et sur les taux. Qu’un placement comme le Livret A, qui est garanti, liquide et totalement défiscalisé rapporte 3 %, n'est pas choquant. Quant aux personnes qui ont les revenus les plus modestes, elles ont accès au livret d'épargne populaire (LEP), qui rapporte 6 %, soit plus que l'inflation. Ce sont aujourd’hui plus de 10 millions de français qui en bénéficient. L’épargnant me paraît donc bien protégé. Par ailleurs, une partie de la collecte du Livret A nous sert à financer le logement social. En maintenant son taux à 3 %, alors que la formule de calcul nous aurait conduit à le rémunérer plutôt à 4 %, le gouvernement allège la charge d’emprunt des acteurs du logement social de 1,7 milliard d'euros ! Le taux d'intérêt que nous leur accordons est en effet directement indexé sur celui du Livret A : plus il est bas, plus l’emprunt est bon marché pour eux. Le taux est par ailleurs bloqué à 3 % jusqu’au 1er février 2025, ce qui leur donne une bonne visibilité.

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