
Une grève d’une ampleur inédite se prépare chez Samsung Electronics et pourrait secouer bien au-delà de la Corée du Sud. Faute d’accord sur les salaires et les primes, le principal syndicat du géant sud-coréen prévoit un mouvement de 18 jours à partir du 21 mai. Plus de 50 000 salariés pourraient y participer, avec un impact potentiel massif sur la production mondiale de cartes mémoire et de composants critiques pour l’IA, rapporte BFM. Le conflit oppose la direction du groupe et ses employés autour de la question des rémunérations et du partage des bénéfices.
Les syndicats réclament notamment une hausse des salaires fixes d’environ 7%, la suppression d’un plafond limitant les primes et une redistribution plus favorable des profits. Les représentants des salariés pointent du doigt un écart jugé trop important avec d’autres acteurs du secteur, comme SK Hynix, où les primes auraient fortement augmenté ces dernières années. Pour Samsung, cette contestation intervient pourtant dans un contexte de forte croissance, portée par l’explosion de la demande liée à l’intelligence artificielle.
Un risque de rupture dans la chaîne des semi-conducteurs
Au cœur des inquiétudes : la division mémoire de Samsung, qui produit des composants indispensables aux centres de données, au cloud et aux systèmes d’IA. Le groupe fabrique notamment des mémoires HBM (High Bandwidth Memory), essentielles au fonctionnement des modèles d’intelligence artificielle générative. Avec SK Hynix et Micron Technology, Samsung fait partie des rares acteurs mondiaux capables de produire ces puces à grande échelle. Or, la demande explose déjà, et l’offre reste sous tension. Une grève prolongée pourrait donc désorganiser une chaîne d’approvisionnement mondiale déjà fragile.
Même si les usines de semi-conducteurs sont très automatisées, une mobilisation massive de salariés pourrait ralentir certaines lignes critiques, notamment sur les mémoires avancées. Les conséquences redoutées sont multiples : hausse des prix des puces mémoire, tensions sur les SSD et les serveurs IA, mais aussi retards dans toute la chaîne technologique mondiale. Les fabricants de GPU, les entreprises cloud ou encore les fournisseurs d’équipements réseau pourraient être touchés. Certains acteurs pourraient même être contraints de se tourner vers des alternatives plus coûteuses.
Jusqu’à 20 milliards de dollars de pertes possibles
L’enjeu est aussi financier. Selon plusieurs estimations, le coût d’une grève prolongée pourrait atteindre jusqu’à 20 milliards de dollars pour Samsung. Des analyses évoquent déjà une chute significative de la production en cas de paralysie, avec des pertes importantes sur les activités de semi-conducteurs et de mémoire.
Au-delà des chiffres, c’est la stabilité du modèle industriel du groupe qui est interrogée, alors que la concurrence asiatique et américaine se renforce sur les technologies de l’IA. En Corée du Sud, le gouvernement suit le dossier de près, inquiet des conséquences sur une économie largement dépendante des exportations de semi-conducteurs. Des appels à la médiation ont été lancés pour éviter une paralysie prolongée.


















