
Quand on crée son entreprise seul, la question arrive vite : opter pour une EURL (Entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée) ou pour une SASU (Société par actions simplifiée unipersonnelle) ? Les deux permettent de créer une société à associé unique. Mais leurs règles de rémunération sont radicalement différentes. Il n'y a pas de réponse universelle, selon Marc Fabrega, Expert-comptable & Commissaire aux comptes au Cabinet 47. Les éléments de réponse viennent surtout du niveau de revenus visé, mais aussi de la situation personnelle, des objectifs de vie…
« Il faut comprendre que le choix ne se fait pas que sur la rémunération, il se fait aussi sur d'autres éléments : la souplesse des statuts si on veut ajouter d'autres associés, ou les droits d'enregistrement à la cession des titres, qui sont de 3 % en EURL/SARL contre 0,1 % en SASU/SAS », pose ainsi l'expert. Par exemple, la SAS est « beaucoup plus souple, et permet de contrôler plus facilement les actionnaires ». Elle permet aussi de cumuler avec une auto-entreprise à côté. En EURL, le gérant est assimilé à un travailleur non salarié, il paie cependant moins de charges sur son salaire.
Opter pour la SASU ?
En SASU, le président est assimilé salarié et dispose de deux leviers de rémunération. Le premier est le salaire : « En tant qu'assimilé salarié, on va cotiser à l'URSSAF, aux organismes de retraite, à la prévoyance, à la mutuelle. On paye comme un salarié classique, comme si on n'était pas dirigeant d'entreprise ». Les cotisations patronales représentent environ 42 à 45 % du super brut, les cotisations salariales environ 22 % du brut. Concrètement, 5 000 euros payés par l'entreprise donneront en salaire net entre 2 100 et 2 300 euros. C'est la formule la plus onéreuse, mais aussi la plus protectrice : elle crée des droits retraite, des droits à l'assurance maladie, et protège en cas d'arrêt de travail. La charge salariale est également déductible du résultat de l'entreprise, ce qui réduit mécaniquement l'impôt sur les sociétés.
La deuxième solution, très connue : le versement de dividendes. « Ils nécessitent l'existence d'un bénéfice constaté lors de l'exercice précédent, donc il faut avoir au moins un an d'exercice, ou passer par un commissaire aux comptes pour valider un acompte sur dividendes », explique Marc Fabrega. Les versements sont en général votés en assemblée générale, et le rythme est ponctuel plutôt que mensuel. Côté fiscalité, les dividendes sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (flat tax) de 31,4 % depuis le 1er janvier 2026 (12,8 % d'IR et 18,6 % de prélèvements sociaux). Une option au barème de l'impôt sur le revenu reste possible. C'est pourquoi, côté coût, les dividendes peuvent paraître attractifs.
Mais Marc Fabrega met en garde contre un piège classique : « Les prélèvements sociaux ne créent aucun droit chômage, retraite ou autre. En cas de cessation d'activité, pas de protection sociale, c'est comme si on n'avait pas travaillé. » Un dirigeant ne peut pas se rémunérer uniquement de cette manière. Autre élément à intégrer : les dividendes ne sont pas déductibles du résultat de la société. Et qui dit bénéfice, dit impôt sur les sociétés en amont.
Opter pour l'EURL ?
En EURL, le gérant relève du régime des travailleurs non salariés (TNS). Sa rémunération de gérance n'est pas versée sous forme de bulletin de paie, mais reste soumise aux cotisations sociales TNS, dont le taux moyen tourne autour de 32 %. Ces cotisations sont déductibles du résultat de l'entreprise, ce qui réduit l'IS à payer. Le gérant peut aussi souscrire des contrats Madelin pour compléter sa protection sociale, eux aussi déductibles du revenu professionnel. La rémunération n'a pas à être fixe : ce peut être 2 000 euros un mois, 3 000 le suivant, 5 000 un autre – avec un complément en fin d'année si le résultat le permet. Le régime TNS ouvre des droits retraite, maladie, prévoyance, mais avec des plafonds. La retraite de base, par exemple, cesse d'être alimentée au-delà de quatre fois le PASS (plafond annuel de la Sécurité sociale).
Pour les dividendes, la règle est plus contraignante qu'en SASU : la part qui dépasse 10 % du capital social, augmenté du compte courant d'associé et des primes d'émission, sort de la flat tax et tombe dans les cotisations sociales TNS. Le taux effectif moyen est autour de 32 %, mais il diminue à mesure que la rémunération monte (jusqu'à 22 %), car certaines rubriques (maladie, retraite de base) sont plafonnées et cessent d'être alimentées au-delà d'un certain seuil. Il y a aussi une contrainte que les créateurs découvrent souvent trop tard : même en l'absence de toute rémunération, un gérant d'EURL doit payer un plancher de cotisations sociales d'environ 1 450 euros par an. La SASU n'impose pas cela si le dirigeant ne se verse rien.
Bien faire son choix entre EURL et SASU
« Pour faire son choix, il ne faut pas se focaliser sur un seul composant du calcul. Chaque formule fait économiser à un endroit et coûter à un autre. Il faut regarder à la fin le package global », estime Marc Fabrega. « Les dividendes coûtent moins cher en prélèvements sociaux et en impôt sur le revenu que le salaire, mais ils coûtent plus cher en impôt sur les sociétés », cite-t-il en exemple. À petite rémunération (30 000 à 40 000 euros net annuels), l'écart entre EURL et SASU reste modéré. « L'écart va être beaucoup plus important sur des rémunérations de 100K, 150K », pointe-t-il.
« Il est obligatoire de comparer, et c'est là qu'on recommande de passer par un professionnel », ajoute l'expert-comptable, pointant que les simulateurs URSSAF ne sont pas assez précis, et surtout, ne prennent pas en compte la vie personnelle complète : composition du foyer fiscal, niveau de rémunération souhaité, objectif de protection sociale, existence éventuelle d'une auto-entreprise, plans patrimoniaux à long terme… Un cabinet va établir en général une étude d'une dizaine de pages présentant plusieurs scénarios chiffrés, selon la rémunération cible.











