
En France, les enfants héritent en moyenne après 50 ans. Conséquence directe de l'allongement de la durée de vie, on hérite quand on est soi-même proche de la retraite. Le logement est déjà acheté, les enfants sont grands et leurs études déjà financées… L'argent arrive trop tard pour changer vraiment les choses. C'est pour cela que la donation de son vivant change tout : elle permet de transmettre au bon moment, quand l'aide est encore décisive pour des jeunes qui débutent dans la vie.
En France, le cadre fiscal est pourtant généreux… mais beaucoup de familles ne le savent pas. En cumulant les dons exonérés des parents, des grands-parents, et le dispositif temporaire 2025-2026 lié à l'achat d'un logement neuf, la somme totale qui peut être donnée à son enfant sans impôt est de plusieurs centaines de milliers d'euros. Le tout de manière parfaitement légale. Pourtant, selon l'INSEE, seuls 18 % des ménages français ont déjà bénéficié d'une donation au cours de leur vie, contre 37 % qui ont reçu un héritage.
Parents et grands-parents : les règles pour donner
Le mécanisme de base est inscrit à l'article 779 du Code général des impôts. Chaque parent peut donner jusqu'à 100 000 euros à chacun de ses enfants tous les quinze ans, sans aucun droit de donation à payer. À cela s'ajoute le « don familial de sommes d'argent », prévu par l'article 790 G du CGI. Si le parent a moins de 80 ans et l'enfant plus de 18 ans, ce dispositif permet de transmettre 31 865 euros supplémentaires en exonération totale, par parent. Cumulé à l'abattement classique, un parent peut donc donner 131 865 euros à son enfant majeur sans fiscalité, soit 263 730 euros pour un couple.
Il existe également un abattement spécifique pour les donations entre grand-parent et petit-enfant : 31 865 euros tous les quinze ans, par grand-parent. Les arrière-grands-parents disposent eux aussi d'un abattement, plus modeste : 5 310 euros. Que ce soit pour les parents, grands-parents ou arrière-grands-parents, le mécanisme est le même : tous les quinze ans, cette exonération se renouvelle – si elle a bien été déclarée comme il se doit. De plus, le don familial de sommes d'argent de 31 865 euros peut encore s'ajouter à l'abattement des grands-parents, à condition que le grand-parent ait moins de 80 ans et que le petit-enfant soit majeur.
Et jusqu'au 31 décembre 2026, un dispositif temporaire issu de la loi de finances 2025 permet d'aller encore plus loin. Pour l'acquisition d'un logement neuf ou la rénovation énergétique d'une résidence principale, les parents, grands-parents, arrière-grands-parents (et oncles ou tantes sans descendance) peuvent transmettre jusqu'à 100 000 euros supplémentaires, exonérés de droits, avec un plafond global de 300 000 euros reçus par le bénéficiaire, toutes sources confondues.
« Sans cet apport, je n'aurais pas pu acheter »
Ces donations peuvent être un véritable coup de pouce dans la vie. À 26 ans, Victoria n'a encore jamais hérité, et pourtant, elle a pu s'acheter un appartement dans le centre d'une grande ville française grâce à l'aide de sa famille. Après une séparation, elle doit quitter l'appartement de son ex. Son salaire avoisine 1 600 euros par mois, heures supplémentaires comprises – à peine au-dessus du SMIC. Elle fait face à la dure réalité du marché locatif : « Voir des appartements de deux pièces en location à 850 euros par mois, ça me déprimait. Je ne voulais pas retourner dans un studio. Et même si j'avais pu mettre ces 850 euros, mon dossier ne serait jamais passé ! » Et pas question pour elle de s'éloigner de la ville, car elle n'a pas et ne souhaite pas avoir de véhicule. Elle se rend à vélo ou en transports à son travail.
Elle comprend alors que la seule solution, c'est d'acheter. Mais elle n'a quasiment rien de côté. Victoria en parle alors à sa mère, qui avait déjà aidé sa grande sœur à acheter un appartement. Cette dernière lui assure qu'il lui reste une grosse somme sur son PEE, qu'elle a prévu de lui donner, à égalité avec sa sœur. Les grands-parents maternels s'y ajoutent. Victoria se retrouve avec 60 000 euros d'apport. « J'ai pu rester en centre-ville, dans un bon quartier, proche des rives du fleuve de ma ville », raconte-t-elle. Sans cet apport, les calculs sont vite faits : avec son salaire, une banque lui prête au maximum 100 000 euros – ce qui n'est même pas certain car elle n'avait pas 10 % d'apport –, soit de quoi financer, dans sa ville, un simple studio. Elle a acheté un deux-pièces avec balcon.
Ce qu'il faut faire pour que tout soit en règle
La donation n'a pas à être passée devant notaire quand il s'agit d'une somme d'argent, mais elle doit être déclarée. Depuis le 1er janvier 2026, cela se fait obligatoirement en ligne sur impots.gouv.fr, dans l'espace personnel du bénéficiaire, dans le mois suivant la donation. Attention, si le don n'est pas déclaré, le délai des 15 ans ne court plus, et en cas de décès, si le don est découvert, il entrera dans la succession. Pour le dispositif temporaire immobilier, des conditions supplémentaires s'appliquent : le logement acheté doit être neuf ou en état futur d'achèvement (VEFA), ou les travaux doivent être éligibles à MaPrimeRénov.











