«Ce que je propose, c’est qu’on soit vraiment aux 35 heures dans toute la fonction publique.» Par cette phrase prononcée sur le plateau de TF1 en octobre dernier, Gabriel Attal – ex-Premier ministre – relançait un vieux serpent de mer : les fonctionnaires ne se tueraient pas à la tâche ? Car la critique est connue : des horaires allégés, des avantages à la pelle et des congés en veux-tu en voilà… Bref, les agents du service public auraient la belle vie au bureau. Mais la critique est-elle vraiment justifiée ?

Selon le dernier rapport annuel sur l’état de la fonction publique publié en novembre 2024, les agents publics ont travaillé en moyenne 1 632 heures en 2023. Un chiffre en deçà des 1 698 heures effectuées en moyenne dans le secteur privé, soit une différence de 66 heures sur l’année​. Moins d’heures travaillées donc, mais pas parce qu’ils quittent plus tôt le bureau ou lèvent discrètement le pied ! Cette différence s’explique avant tout par un nombre de jours de congés plus élevé dans la fonction publique : 31,7 jours par an en moyenne, contre 25,5 jours dans le privé. Autrement dit, les fonctionnaires ne travaillent pas moins sur une semaine, mais prennent plus de jours de repos sur l’année.

39 heures de travail par semaine en moyenne chez les fonctionnaires

Pour preuve, lorsque l’on s’intéresse à la durée hebdomadaire de travail, cet écart se réduit. Le rapport souligne que les agents publics travaillent en moyenne 39 heures par semaine. C’est quasiment autant que les salariés du privé, qui pointent à 39,5 heures par semaine. Et dans la fonction publique d’Etat, qui regroupe notamment les enseignants et les agents des ministères, ce chiffre grimpe même à 40,5 heures ! Soit bien au-delà des sacro-saintes 35 heures légales instaurées sous Lionel Jospin. L’idée d’un fonctionnaire bénéficiant d’un rythme allégé par rapport au secteur privé ne tient donc pas, en tout cas pas ici.

D’autant que moyenne oblige, ces 39 heures hebdomadaires cachent des réalités bien différentes, puisque tous les fonctionnaires ne travaillent pas le même nombre d’heures. Certains dépassent largement les 1 632 heures annuelles. C’est le cas des cadres administratifs et techniques, qui atteignent 1 773 heures par an, soit 42,2 heures par semaine. Les policiers, pompiers et militaires ne sont pas en reste, avec 1 708 heures par an, un emploi du temps chargé qui s’explique par des interventions de nuit, les week-ends et les jours fériés.

A l’inverse, certaines professions bénéficient de volumes horaires bien plus réduits. Les agents administratifs et agents de service, par exemple, travaillent en moyenne 1 515 heures par an, soit 37,1 heures par semaine. Quant aux aides-soignants et agents de la petite enfance, ils cumulent 1 467 heures annuelles, soit «seulement» 36,5 heures par semaine. En cause ? Un recours plus fréquent au temps partiel et des arrêts maladie plus nombreux dans des professions aux conditions de travail difficiles.

Les femmes travaillent moins que les hommes

Les différences de temps de travail dans la fonction publique ne s’expliquent pas seulement par le type de métier exercé. Comme souvent, le genre joue aussi un rôle. En 2023, les hommes ont travaillé en moyenne 1 680 heures, soit 85 heures de plus que leurs collègues féminines, qui affichent 1 595 heures annuelles. Faut-il en conclure que les femmes fonctionnaires travaillent moins ? Pas forcément… Car cet écart s’explique avant tout par la nature des métiers occupés. Les femmes sont très présentes dans les secteurs administratif et médico-social, où le volume horaire est naturellement plus bas. A l’inverse, les hommes sont plus nombreux dans des fonctions techniques ou de sécurité – policiers, pompiers, militaires – qui affichent des temps de travail bien plus élevés. En clair, ce n’est pas une question d’implication au bureau, mais plutôt de répartition des rôles dans la fonction publique.

D’autant que le rapport le souligne : les semaines des fonctionnaires s’allongent. En 2023, ils ont en moyenne travaillé 26 heures de plus qu’en 2022. Et certains ont particulièrement mis les bouchées doubles. A l’image des agents de la fonction publique territoriale (+36 heures) et hospitalière (+35 heures), où le volume horaire a nettement augmenté. En cause ? Moins d’arrêts maladie, mais aussi une diminution du nombre de jours de congés et de RTT. Si le gouvernement espérait «vraiment» mettre les agents publics aux 35 heures, il semble donc que ce soit déjà bien souvent le cas