
Quête de flexibilité, pénuries de compétences, changement de mentalité, mais également souhait de réduire la masse salariale de la part des employeurs, le recours aux freelances s’est largement généralisé dans les entreprises ces dernières années. 52% des boites interrogées par la plateforme spécialisée RH Remote (étude mondiale The State of Freelance Work 2025), ont fait grimper leur recours aux freelances au cours de ces trois dernières années. Selon cette étude, si les sociétés ne recherchent pas toutes le même type de freelance, certaines métiers ont particulièrement le vent en poupe.
Avec l’accélération de la transformation numérique, les profils techniques demeurent, de très loin, les plus demandés (technologies de l’information, ingénierie, développement logiciel, cybersécurité, intelligence artificielle…). Les experts en gestion de projets complexes et en conseil stratégique sont largement draftés par les donneurs d’ordre en quête de compétences pour gérer les multiples transitions climatique et numérique. La mission de ces as de la conduite de projet ? Coordonner des équipes pluridisciplinaires notamment sur des problématiques de transformation digitale.
Les indépendants hautement spécialisés très demandés
Il y a 3 ans, lors de la fusion des entités Thalys et Eurostar, l’entreprise ferroviaire franco-britannique a ainsi fait massivement appel à des freelances. «Nous avons staffé des directeurs de projet pour renforcer nos équipes pendant des périodes particulièrement intenses de cette fusion. Forts de leurs expériences dans des contextes très variés et dans différents types d’industrie, ces experts ont eu un regard extérieur neuf particulièrement utile», illustre Matthieu Quyollet, responsable business développement d’Eurostar.
Egalement sommées de se mettre en conformité avec des réglementations extra-financières, les entreprises font de plus en en plus appel à des freelances spécialisés en RSE. «Les normes RSE génèrent une demande croissante de consultants indépendants spécialisés dans ces domaines ultra-techniques et qui savent aussi appréhender les problématiques de bilan carbone, d’économie circulaire et d’analyse de cycle de vie», observe Charly Gaillard, fondateur de Beager, un service de mise en relation entre «talents indépendants » et entreprises.
Adil Mehfta, conseil en stratégie, 42 ans à Paris

J’ai quitté le cabinet Mc Kinsey, il y a 6 ans. A l’époque, le modèle des consultants indépendants haut de gamme était en pleine accélération. Pour moi, l’opportunité́ était trop belle. En tant qu’indépendant, je choisis les missions pour lesquelles mes compétences apportent une véritable valeur ajoutée, quitte à en refuser certaines. Contrairement à un grand cabinet où l’on doit accepter les projets qui tombent (taux d'utilisation oblige), je peux aligner mon travail sur mes expertises les plus fortes. Et comme je suis en relation avec plusieurs plateformes, j’ai accès à un large choix de missions, ce qui renforce encore cette liberté.
Etre freelance me permet d’innover davantage dans l’approche de mes interventions. Au lieu du schéma classique «recherche - analyse - slides», j’adopte des formats plus dynamiques et impactants. Notamment du coaching direct du directeur général, des ateliers de travail avec le comité exécutif, des interventions éclairs sur des décisions stratégiques. En sortant de chez McKinsey, mon revenu d'indépendant par jour travaillé a plus que doublé dès la première année. Le revenu annuel total, lui, dépend des années, et de la part de mon temps que j'accorde à d'autres activités.
Les boites s’arrachent les experts en marketing
Obsédées par la fidélisation des consommateurs devenus très volatiles, les entreprises sollicitent de plus en plus d’indépendants spécialisés dans l’analyse des données et la gestion de la relation clients. Basée dans les Hauts-de-Seine, OnSourcia engage ainsi des freelances pour assurer l’externalisation des services clients de leurs prospects. Aux avants postes pour scruter l’évolution des attentes des entreprises, le site l-expert-comptable.com/confirme cette tendance dans un récent recensement des métiers freelance les plus recherchés en 2025.
Les boites s’arrachent par exemple les experts en marketing payant (« media buyer). Des pros qui gèrent les campagnes publicitaires en ligne, notamment sur Google Ads et les réseaux sociaux. Ce « palmarès » souligne aussi une forte appétence des entreprises pour des profils de monteurs vidéos (édition et montage pour publicités, vidéos d’entreprise, contenus pour les réseaux sociaux) et de community managers qui gèrent la présence en ligne des entreprises (création de contenu, interaction avec les followers, analyse des performances des campagnes…).
Louis Anelli , expert en cyber sécurité, 24 ans à Paris

Je me suis lancé en solo en 2019, en parallèle de mon cursus en école d’ingénieurs. J’ai étudié la programmation très jeune et en autodidacte. Pour trouver mes premières missions, je suis passé par la plateforme Malt. Grâce à mon expertise en cybersécurité, je reçois désormais 3 à 4 propositions de mission par semaine en moyenne, sur différentes plateformes. Une à deux sont véritablement intéressantes, c’est-à-dire qu’elles font appel à mon expertise technique.
C'est dans ce contexte que je peux apporter le plus de valeur et continuer à développer mes compétences. Ces missions sont de durée variable. Lors des plus longues de 6 mois à un an, je collabore avec les équipes du client pour détecter les failles de sécurité et mettre en place des solutions digitales. Sinon, je réalise un audit de la situation et délivre des préconisations.
Le secteur de la restauration friand de freelances
Au regard des conditions de travail ni reluisantes, ni financièrement attractives, de nombreux salariés de l’hôtellerie restauration ont rendu leur tablier lors de la réouverture des établissements après le Covid. Confrontés à une pénurie de candidats mais aussi à des absences matinales inopinées, les restaurateurs et autres débitants de boissons se retrouvent dépourvus de main d’œuvre et se tournent contraints et forcés vers des freelances pour assurer le service, la plonge, la cuisine…
Dans le secteur, le nombre de microentrepreneurs est ainsi passé de 99 000 en 2018 à 150 000 en 2023 souligne l’Urssaf. Et ces chiffres ne prennent pas en compte les livreurs de repas. Pour trouver du boulot, ces indépendants activent leur réseau ou s’inscrivent sur des applis (Brigad, Extracadabra, Onestaff, etc) qui les mettent en contact avec des employeurs pour des extras. En quelques clics, indépendants et restaurateurs sont mis en contact. Une formule plus légère administrativement (ou une précarité accrue, c’est selon) qu’un recours à des intérimaires.
Livio Adjovi, 42 ans, créateur de visuels photoréalistes en IA à Paris

Après 7 années en CDI en tant que graphiste pour une multinationale, je me suis lancé en freelance Il y a deux ans. Je génère des visuels à partir de l’intelligence artificielle pour de grands groupes : images photoréalistes, univers «extraordinaires», live IA… Je forme les équipes à appréhender ces nouveaux outils. J’apprécie tout particulièrement la diversité des projets et des clients.
Chaque mission fait figure de nouveau défi et est une occasion d’apprendre de nouveaux outils et de nouvelles techniques. L’autre avantage de mon statut réside dans la flexibilité des horaires. Moi, je suis par exemple beaucoup plus productif et créatif le soir. Malgré quelques déconvenues, je suis épanoui et gagne deux fois mieux ma vie qu’en CDI.
Maureen Alain, 38 ans, consultante RH à Paris

Freelance depuis 5 ans après un parcours de 13 ans de salariat, j'accompagne les entreprises dans leurs projets de transformation. Spécialiste en « change management », j'audite, conseille et forme les managers sur les méthodes managériales, le développement de carrière, le droit social, le bien-être au travail et la diversité.
Le freelancing m'apporte avant tout une diversité de missions tant en termes d'environnement que de problématiques à résoudre. Chaque mission représente un nouveau défi, donc je ne m’ennuie jamais. Outre mes missions RH, je suis également la fondatrice de Papaye et Domino, une boutique en ligne de vêtements, chaussures et accessoires de seconde main.
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