C'est une opération d'envergure qui a eu lieu le 20 mai dernier dans les prisons françaises. Sous le nom évocateur « Prison Break », des perquisitions massives ont été lancées simultanément dans 66 établissements pénitentiaires à travers l'Hexagone. Objectif : récupérer les milliers de mini-téléphones portables ayant infiltré les cellules.

Pas moins de 5000 appareils, très populaires pour leur discrétion et leur capacité à passer les portiques de sécurité sans les faire sonner, ont ainsi été saisis, selon le parquet de Paris. Des machines utilisées par des détenus à des fins variées, dont la coordination d’activités criminelles. Au cœur de cette affaire, une petite société méconnue au nom lui aussi évocateur : Oportik.

Oportik, une entreprise aux contours flous

Fondée en juin 2022 et domiciliée à Drancy (Seine-Saint-Denis), Oportik est une société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) spécialisée dans la vente à distance de téléphones et produits multimédias. Comme on peut le lire sur l’annuaire officiel des entreprises, derrière cette entreprise sans salariés affichant un chiffre d'affaires modeste (151 000 euros en 2023 selon le site Pappers), se trouverait une jeune présidente de 26 ans, unique dirigeante d'une structure aux pratiques ambigües.

© Screenshot par Capital

Officiellement, Oportik affirmait cibler une clientèle précise de magistrats, agents de sûreté ferroviaire ou aérien, agents de sécurité privés soumis à des contrôles réguliers aux portiques de sécurité. Fermé par les forces de l’ordre, son site Internet, que nous avons tout de même pu consulter, déploie un discours marketing en ce sens : « Simplifiez-vous la vie, optez pour des mini-téléphones performants et discrets ». Pourtant, derrière cette façade, les faits semblent révéler une réalité quelque peu différente.

Un business basé sur le « déplaquage »

Commandés à bas coût sur des sites chinois tels AliExpress, les mini téléphones étaient ensuite modifiés par la société pour passer inaperçus auprès des portiques et détecteurs de métaux. Ce procédé, appelé « déplaquage », consistait à retirer au maximum les composants métalliques des appareils. Une fois modifiés, ces téléphones de la taille d'un briquet trouvaient preneurs (contre une trentaine d’euros pour le Nokia L8 Star par exemple) parmi une « clientèle particulière », autrement dit des détenus ou leurs proches (qui pouvaient ensuite les faire entrer dans les prisons).

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Contredisant son discours officiel, des images diffusées sur Snapchat par l’entreprise elle-même montrent des détenus exhibant sans complexe leurs nouveaux gadgets et remerciant Oportik. D’ailleurs, la société ne se contentait pas de vendre des téléphones. Sur son site, dont la plus vieille trace que nous ayons pu trouver remonte à décembre 2021, on pouvait également acheter divers accessoires comme des bracelets chargeurs, des écouteurs, des cartes SIM et même des clés de streaming vidéo à brancher sur un téléviseur.

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Les forces de l’ordre ont également indiqué avoir interpellé trois fournisseurs français liés à la distribution des appareils incriminés. L'ensemble des téléphones récupérés sera expertisé et les données récoltées pourraient permettre d'identifier les acheteurs, indiquent les autorités.