Après plusieurs années de dépendance envers Qualcomm — et une première expérience ratée en 2017 avec sa puce Surge S1 — Xiaomi lance XRING 01. Cette puce haut de gamme "maison" équipe seulement (pour l'instant) le Xiaomi 15S Pro et tablette Pad 7 Ultra, deux modèles exclusifs à la Chine. Derrière cette annonce, l'ambition est claire pour le constructeur chinois : réduire sa dépendance envers Qualcomm, et à terme, gagner en souveraineté technologique. Deux éléments stratégiques dans un contexte international particulièrement tendu entre les États-Unis et la Chine.

XRING 01 : la puissance avant tout

Sur le papier, la puce XRING 01 est une puce premium. Gravée en 3 nanomètres par le géant taïwanais TSMC, elle intègre 19 milliards de transistors. Côté performances, le constructeur annonce deux cœurs ARM Cortex-X925 cadencés à 3,9 GHz, épaulés par huit autres cœurs complémentaires. Le tout est associé à un processeur graphique (GPU) ARM Immortalis-G925 à 16 cœurs prenant en charge le ray tracing, ainsi qu'à une unité dédiée à l'intelligence artificielle (NPU) comptant 16 cœurs. Autant dire que Xiaomi ne fait pas dans la demi-mesure.

La marque ne s'est d'ailleurs pas privée de communiquer les résultats impressionnants qu'elle aurait obtenus avec l'outil de benchmarking AnTuTu. L'une des qualités principales du XRING 01 serait sa maîtrise thermique, grâce à un nouveau dispositif de refroidissement. Reste évidemment à vérifier ces promesses sur le terrain, ce qui ne sera pas facile. La puce n'équipe pour le moment que des appareils réservés à la Chine.

Indépendance relative

Xiaomi suit ainsi les traces d'autres géants du secteur qui ont déjà franchi le cap, à l'image d'Apple avec ses puces A-series, Samsung avec Exynos ou encore Huawei et ses Kirin. En 2017 déjà, Xiaomi avait tenté l'expérience avec la Surge S1. Le constructeur avait, toutefois, vite jeté l'éponge devant les complexités techniques et financières de ce marché très concurrentiel. Cette fois, Lei Jun, le fondateur de la marque, a dévoilé un plan ambitieux prévoyant un investissement de 6,4 milliards d'euros sur dix ans. Xiaomi semble donc bien décidé à asseoir son autonomie en matière de conception de puces pour smartphones.

Cependant, l'indépendance reste relative : Xiaomi demeure dépendant de TSMC, le colosse taïwanais de la fabrication de puces et leader mondial du secteur. C'est un acteur incontournable, mais ses capacités de production sont très prisées. Cela peut expliquer le lancement prudent, limité au marché chinois, du 15S Pro.

Un contexte géopolitique tendu

Xiaomi accélère aussi la cadence sur ses propres puces parce que le contexte géopolitique pousse la firme chinoise à anticiper le pire. Les relations sino-américaines tendues placent les entreprises technologiques chinoises sous pression. Washington pourrait décider d'interdire à Qualcomm et à d'autres entreprises américaines de fournir des composants critiques aux entreprises chinoises. Très récemment, Nvidia a, par exemple, reçu l'interdiction d'exporter certains GPU destinés à la Chine.

En développant sa propre puce, Xiaomi cherche donc à sécuriser ses approvisionnements, quitte à investir massivement dans un secteur très concurrentiel et risqué. La firme chinoise ne coupe pourtant pas totalement les ponts avec Qualcomm. Au contraire, Xiaomi a récemment prolongé son partenariat avec l’américain pour équiper ses futurs smartphones premium avec les prochaines générations de Snapdragon 8 Elite. La marche vers l'indépendance prendra encore quelques années — si elle se réalise un jour complètement.