Standard Chartered a relancé un débat que beaucoup pensaient clos. Dans une note publiée en janvier 2026, Geoffrey Kendrick, responsable mondial de la recherche sur les actifs numériques de la banque britannique, a fixé un objectif de prix de 40 000 dollars pour Ethereum à horizon 2030, contre 500 000 dollars pour Bitcoin. Au-delà des chiffres, le message interpelle : pour la première fois, une grande banque anticipe une surperformance structurelle d'Ethereum face à Bitcoin. Un renversement de perspective à examiner.

La thèse est fondée sur les usages. Le raisonnement ne repose pas sur un pari spéculatif classique, mais sur une lecture des dynamiques d'adoption. Ethereum concentre aujourd'hui environ 52,5 milliards de dollars de valeur verrouillée en finance décentralisée, soit 56% du total toutes blockchains confondues. Le réseau héberge également 14 milliards de dollars d'actifs réels tokenisés, en hausse de 150% sur un an, contre 5,6 milliards un an plus tôt. Cette progression est notamment portée par le fonds BUIDL de BlackRock, devenu le plus important produit du segment avec 2,88 milliards de dollars sous gestion.

Des fragilités réelles qui nuancent le scénario d’une surperformance de l'Ethereum vis-à-vis du Bitcoin

La banque estime que le ratio ETH/BTC (ethereum/bitcoin), actuellement autour de 0,031, pourrait revenir vers ses niveaux de 2021, autour de 0,085. Autrement dit, Ethereum ne progresserait pas seulement en valeur absolue, il regagnerait du terrain face à Bitcoin, ce que le marché n'a plus observé depuis plusieurs années. Cette projection doit toutefois être nuancée. Ethereum recule d’environ 30% depuis le début de l’année, contre 23% pour Bitcoin. Sa part dans la capitalisation totale du marché crypto est passée de 18% à environ 10% en un an. Dans le même temps, les flux vers les ETF Ethereum restent modestes et irréguliers, quand Bitcoin capte l’essentiel de l’intérêt institutionnel.

Le revirement même de Kendrick illustre cette complexité. En mars 2025, il qualifiait encore Ethereum de projet en «déclin structurel», avant de revoir sa copie quelques mois plus tard. Entre-temps, les solutions de couche 2, comme Base de Coinbase, ont amélioré l’accessibilité du réseau, mais aussi déplacé une partie de la valeur hors de la chaîne principale. Kendrick estime ce manque à gagner à 50 milliards de dollars de capitalisation. En parallèle, la baisse des frais de transaction affaiblit le mécanisme de burn censé soutenir le cours de l’ETH (Ethereum).

© Feel Mining

Ethereum, Bitcoin… Un environnement réglementaire en mutation pour les cryptomonnaies

Le cadre réglementaire pourrait jouer un rôle décisif. Le CLARITY Act, adopté par la Chambre des représentants américaine en juillet 2025 et examiné par le Sénat, vise à clarifier le statut juridique des actifs numériques. Un tel texte pourrait bénéficier particulièrement aux réseaux à vocation applicative comme Ethereum, en offrant davantage de visibilité à la finance décentralisée et aux actifs tokenisés.

Les avancées techniques soutiennent aussi cette perspective. La mise à jour Pectra, activée en mai 2025, a élargi la capacité de traitement des données. La prochaine étape, Glamsterdam, prévue mi-2026, devrait permettre au réseau de dépasser les 100 000 transactions par seconde à l’échelle de son écosystème.

Complémentarité ou redistribution des rôles d’Ethereum et de Bitcoin ?

La vraie question n’est sans doute pas de savoir si Ethereum va «battre» Bitcoin, mais comment leurs fonctions évoluent. Bitcoin conserve son statut de réserve de valeur, porté par les ETF et les réserves stratégiques. Ethereum s’impose comme une infrastructure financière programmable.

Si les usages continuent de se concentrer sur Ethereum et que le cadre réglementaire se clarifie, un rééquilibrage progressif des valorisations entre les deux actifs reste plausible. Pas un détrônement, mais une redistribution de la valeur au sein d'un marché crypto dont la capitalisation totale avoisine aujourd'hui 2 400 milliards de dollars. L'analyse de Standard Chartered pose une question clé : la valeur d'un réseau se mesure-t-elle à sa rareté ou à ses usages ?

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