Le rituel est connu. Au début de l’été, les ministres défilent à Bercy pour présenter leur liste de vœux au gardien des cordons budgétaires, qui a la difficile tâche de les convaincre de revoir à la baisse leurs demandes, même si elles sont toutes plus argumentées les unes que les autres. Cette année, l’exercice a été encore plus délicat que l’habitude, car l’addition des exigences ministérielles a été édifiante : rien de moins que 22 milliards d’euros de dépenses supplémentaires ont été demandées par nos ministres. Un record ! Il est vrai que, depuis deux ans, ils ont été habitués à vivre avec les vannes grandes ouvertes, par la grâce du fameux "quoi qu’il en coûte". Du coup, tous ont voulu tenter leur chance…

Ah, l’argent magique, une belle drogue ! Avec les fonds publics, la dépendance arrive vite, et le sevrage est difficile. Pourtant, le gouvernement l’a promis et juré : la politique du guichet ouvert, initiée pour maintenir notre économie à flot, va prendre fin. Dans son rapport préparatoire au débat d’orientation budgétaire publié début juillet, le ministère de l’Economie a assuré que le budget 2022 "traduira la sortie de la crise sanitaire, la normalisation de l'exercice budgétaire et la poursuite de l'action du gouvernement depuis le début du quinquennat".

Emmanuel Macron a cependant décidé d’y aller progressivement : il n’a pas cédé à toutes les demandes des ministres, mais il a quand même avalisé 11 milliards de dépenses supplémentaires, un chiffre supérieur aux moyennes d’avant-crise. Au moment de calculer les déficits, il faudra leur ajouter les dépenses de Sécurité sociale, et celles des collectivités locales, encore difficiles à estimer pour l’instant. "Pour les premières, nous avons tous les ans une augmentation mécanique, mais tout dépendra de l’évolution de l’épidémie pour la partie santé, décrypte François Ecalle, ancien rapporteur général de la Cour des comptes. Et pour les collectivités locales, il devrait y avoir une reprise de l’investissement, qui avait baissé en 2021 car nous étions en période électorale." Hors mesures d’urgence et de relance, la dépense publique devrait donc gonfler de 1,5%, bien loin de l’objectif initial de 0,7%… Bref, il est quasiment certain que l’heure ne sera pas à l’austérité, alors que nos marges de manœuvre sont quasiment nulles !

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