
«Comment devenir milliardaire ?» C’est la question que tout le monde se pose, et qui de mieux placé pour y répondre que la neuvième fortune de France ? Avec ses 22 milliards de patrimoine personnel, Xavier Niel s’apprête à faire son show sur la scène de l’Olympia, le 18 septembre, pour y présenter son prochain ouvrage Une sacrée envie de foutre le bordel, dont la sortie en librairie est prévue le 25 septembre prochain. Un seul en scène où le milliardaire joue lui-même sa propre autobiographie, avec la promesse de se confier «pour la première sur son parcours», assure l’Olympia.
Mais alors, comment le patron de Free est-il devenu milliardaire ? Né dans le Val-de-Marne en 1967 dans une famille de la classe moyenne, il se passionne dès l’adolescence pour le monde naissant de l'informatique des années 1980 quand son père lui offre un ordinateur Sinclair ZX81 à 15 ans. Il commence alors à concevoir des programmes informatiques après les cours, et fait ses premières armes entrepreneuriales dans le Minitel rose, un service télématique précurseur d'Internet, en y créant plusieurs services de contenus érotiques.
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— Xavier Niel (@Xavier75) August 28, 2024
Précurseur d’Internet en France
Le bac en poche, il quitte sa classe préparatoire où il s'ennuie pour se consacrer pleinement à cette activité qui le passionne et qui se révèle plutôt lucrative. Il rachète en 1990, avec Fernand Develter, ancien cadre de la Société Générale, Fermic Multimédia, une entreprise spécialisée dans les contenus pornographiques, qu’ils rebaptisent «Iliad» et qui deviendra plus tard la maison mère de l’opérateur internet et mobile Free. En parallèle, les deux entrepreneurs investissent dans les sex-shops et les peep-shows, activités particulièrement rentables qui le rendent millionnaire à seulement 24 ans. Quelques années plus tard toutefois, en 2006, Xavier Niel sera condamné en justice pour recel d’abus de biens sociaux dans ses affaires de sex-shops.
En 1995, le patron d’Iliad investit dans le premier fournisseur d'accès à Internet pour le grand public en France, Worldnet, revendu juste avant l'explosion de la bulle Internet pour 40 millions d'euros en 2000 à l'ancien groupe de télécoms Neuf Cegetel, qui a fusionné à SFR en 2009. Il développe ensuite une offre d’accès à Internet sous le nom de Free, en mettant au point, avec ses deux plus proches collaborateurs d'alors, Rani Assaf et Michaël Golan, un boîtier électronique capable de faire passer sur une même ligne les trois offres de téléphonie, télévision et Internet. C’est ainsi qu’est lancée en 2002 la première Freebox, assortie de la première offre «triple play» française. Pour la première fois en France, cette box permet aux consommateurs de bénéficier d'une connexion Internet haut débit, de la téléphonie fixe et d'un accès à la télévision, le tout à un prix très compétitif.
C’est le début des problèmes pour les concurrents de Free (les opérateurs historiques Orange, SFR, et Bouygues Telecom), qui s'impose comme un acteur incontournable dans le secteur des télécoms. Au-delà de la performance technique de la création de ce boîtier tout-en-un, la Freebox est aussi une innovation sur le plan commercial : un abonnement à 29,99 euros par mois, qui reste stable pendant plusieurs années, alors que de nouveaux services sont progressivement ajoutés à la box. Ce mouvement est vu comme une libération du marché français des télécoms, contribuant à une baisse généralisée des coûts pour les consommateurs.
En janvier 2012, il récidive en s’attaquant au marché du mobile avec un forfait illimité et 3 gigaoctets de données pour 19,99 euros et un autre à seulement 2 euros pour une heure d’appels et 60 SMS. Le tout sans engagement. En un an, Xavier Niel séduit plus de 5 millions de clients. Six ans plus tard, il compte 13,625 millions d’abonnés mobiles et 6,473 millions dans le fixe.
Un serial investisseur
Aujourd’hui, le groupe Iliad reste l'entreprise principale de Xavier Niel, dont il détient la majorité du capital (96,40 %). Mais il est également l’un des investisseurs français les plus prolifiques, en soutenant de nombreuses start-ups dans le monde entier. Avec son fonds d'investissement Kima Ventures, lancé en 2010 avec l'entrepreneur franco-israélien Jérémie Berrebi, il investit dans une centaine de jeunes pousses par an, pour des tickets de 150 000 euros en moyenne. Parmi les pépites pour lesquelles il a eu du flair, on compte des start-ups liées à la technologie (Ateme), la musique (Deezer), le tourisme (Airbnb) ou encore la domotique (Google Nest).
Xavier Niel est également présent dans les médias. En 2010, il devient l'actionnaire de référence du groupe Le Monde, aux côtés de Matthieu Pigasse et Pierre Bergé. La même année, il investit dans le journal d’investigation en ligne Mediapart. En février 2020, il reprend le groupe de presse locale Nice-Matin, qui édite des titres comme Nice-Matin, Var-Matin ou Monaco-Matin. Un mois plus tard, il s’offre le quotidien régional France-Antilles et le journal hippique Paris-Turf. Enfin, en 2022, il finance la création et le lancement du média d’investigation économique L’informé.
Avec Matthieu Pigasse et Pierre-Antoine Capton, le milliardaire lance en 2016 le groupe audiovisuel européen Mediawan, aujourd’hui valorisé 1 milliard d’euros. La société de production a produit des fictions à succès comme Les Trois Mousquetaires, Novembre ou la série HPI. En 2017, Xavier Niel inaugure Station F, le plus grand incubateur de start-ups au monde, qu’il a majoritairement financé en investissant 250 millions d’euros. En 2023, il investit dans un laboratoire entièrement dédié à la recherche ouverte en intelligence artificielle, Kyutai, aux côtés de l’ancien dirigeant de Google Eric Schmidt et l’entrepreneur Rodolphe Saadé.
Mais, au-delà du financement, ce touche-à-tout construit un véritable écosystème pour favoriser l’entrepreneuriat, «meilleur remède au chômage» selon lui. Fervent défenseur de l’innovation, Xavier Niel fonde en 2013 42, une école d’informatique gratuite et sans condition de diplôme. Véritable laboratoire de talents, l'école propose une approche pédagogique novatrice basée sur le développement de projets en autonomie. Son ambition est de former les futures générations d’entrepreneurs et de développeurs, tout en répondant aux besoins croissants du secteur numérique. Le milliardaire récidive en 2021 en créant la «ferme-école» Hectar, qui forme aux métiers agricoles et à la reprise d’exploitations. Et en 2022, il fonde Albert School, une école de commerce spécialisée dans la data.
Et récemment, le magnat des télécoms a encore surpris tout le monde en étant nommé au conseil d'administration du célèbre réseau social TikTok, en remplacement du Belge Philippe Laffont, patron du fonds d’investissement américain Coatue Management. Depuis le 30 août 2024, son portrait s’affiche sur le site web du Chinois ByteDance, la maison-mère de la plateforme.


















