
L’Europe veut accélérer dans les technologies stratégiques. Intelligence artificielle, semi-conducteurs, biotechnologies, énergie ou quantique sont devenus des priorités industrielles face à la concurrence américaine et chinoise. Mais une étude européenne récente, appuyée par un tableau de bord inédit de données, révèle une faiblesse structurelle persistante : l’écart d’investissement entre les genres dans la deep tech. Les projets existent, les talents aussi. Pourtant, le capital continue de se diriger massivement vers les mêmes profils. Un biais qui n’est plus seulement sociétal, mais économique.
La deep tech, un enjeu stratégique sous haute contrainte capitalistique
La deep tech regroupe des entreprises issues de ruptures scientifiques majeures, souvent nées dans des laboratoires ou des universités. Contrairement aux startups numériques classiques, ces sociétés nécessitent des cycles de R&D longs, des compétences très spécialisées et des investissements lourds bien avant toute mise sur le marché.
Pour l’Union européenne, l’enjeu est central. Ces technologies conditionnent la transition énergétique, l’autonomie industrielle et la sécurité économique. Sans elles, difficile de préserver une souveraineté technologique crédible. Mais encore faut-il que l’accès au financement soit efficace et bien réparti. Or, l’étude soutenue par l’UE montre que la logique d’allocation du capital reste profondément déséquilibrée, notamment dans ces secteurs pourtant cruciaux.
Des chiffres qui illustrent un déséquilibre massif
À l’échelle européenne, les startups comptant au moins une femme parmi leurs fondateurs ne représentent qu’environ 14 % des tours de table en capital-risque et captent à peine 12 % des montants investis. Dans la deep tech, le déséquilibre est encore plus marqué. Près de 80 % des entreprises du secteur sont fondées par des équipes exclusivement masculines, qui concentrent près de 90 % des financements.
Un phénomène préoccupant dans des secteurs où le financement initial est déterminant. En deep tech, rater les premières levées signifie souvent ne jamais atteindre l’échelle industrielle. Le tableau de bord développé par Dealroom, l’un des résultats clés du projet européen, permet pour la première fois de visualiser ces écarts de manière harmonisée entre pays, secteurs et stades de financement. Il met aussi en lumière des disparités nationales.
En France, par exemple, moins de 18 % des startups technologiques créées depuis 2020 comptent au moins une femme fondatrice, un niveau inférieur à la moyenne européenne.
Un problème structurel, pas un manque de projets
Au-delà des données, l’étude s’appuie sur des dizaines d’entretiens avec des fondateurs, investisseurs et décideurs publics, ainsi que sur des événements réunissant plus d’un millier d’acteurs de l’écosystème européen.
Le diagnostic est clair : le problème n’est pas l’absence de femmes entrepreneures, mais la manière dont le capital est distribué. L’accès au financement d’amorçage reste plus difficile, et le passage aux financements de croissance constitue un véritable goulot d’étranglement, en particulier dans la deep tech.
La crédibilité perçue des fondatrices est régulièrement citée comme un frein, dans des secteurs encore largement associés à des profils masculins. À cela s’ajoute un facteur clé : la composition des instances de décision. En Europe, seulement 9 % des actifs sous gestion sont aujourd’hui pilotés par des femmes gérantes de fonds. Un déséquilibre qui tend à reproduire mécaniquement les mêmes choix d’investissement.
Un biais qui devient un risque économique
Ce déséquilibre n’est pas neutre. Dans la deep tech, les décisions d’investissement prises aujourd’hui façonnent les champions industriels de demain. Sous-financer certaines innovations revient à réduire le potentiel technologique global de l’Europe.
De nombreuses analyses montrent pourtant que la diversité dans les équipes dirigeantes et d’investissement est associée à une meilleure gestion du risque et à des performances plus durables. Continuer à ignorer une partie des talents disponibles revient donc à mal allouer le capital, un problème majeur dans un contexte de concurrence technologique accrue.
Quels leviers pour corriger la trajectoire ?
Le rapport souligne d’abord l’importance de la donnée. Faute de définitions communes et de reporting harmonisé, il reste difficile de mesurer précisément les progrès réalisés. L’objectif affiché est de bâtir une infrastructure européenne pérenne sur le genre et l’investissement.
Mais au-delà des indicateurs, l’investissement public apparaît comme un levier clé. L’Union européenne dispose d’un effet d’entraînement considérable via ses instruments financiers. En conditionnant une partie de ses financements à des équipes plus diversifiées, elle peut influencer les pratiques du capital-risque privé.
Enfin, l’élargissement de la base des investisseurs est central. Tant que les décisions resteront concentrées dans des cercles homogènes, les résultats auront peu de chances d’évoluer.
L’enseignement de cette étude européenne est limpide : l’Europe ne manque pas d’innovatrices, elle manque d’un système d’investissement capable de les financer à la hauteur des enjeux.
Pour Ekaterina Zaharieva, Commissaire européenne à l’Innovation, à la Recherche, à la Culture, à l’Éducation et à la Jeunesse :
« Pour accélérer les progrès, nous devons renforcer la collecte de données et la transparence. Ce qui est mesuré est réalisé – et les données ventilées par genre sont essentielles pour identifier les écarts et orienter l'action. »
- Source : https://gendergap-investments.eu/uploads/documents/Final-Report-Gender-Gap-in-Investments.pdf
Article sponsorisé par EU Commission. La rédaction n'a pas participé à la réalisation de cet article.



















