TikTok est sous le feu des critiques. Développée par l’entreprise chinoise ByteDance, l’application mobile, qui compte près de 28 millions d’utilisateurs en France, fait l’objet d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris. La procédure a été engagée à la suite d’un signalement du député socialiste Arthur Delaporte, président de la commission d’enquête parlementaire sur le réseau social, qui a rendu son rapport en septembre.

La plateforme particulièrement utilisée par les adolescents est accusée de plusieurs infractions à commencer par la «propagande de faveur de produit, objet ou méthode préconisés comme moyens de se donner la mort», précise dans un communiqué consulté par l’Agence France Presse (AFP) la procureure de Paris, Laure Beccuau. Ce délit est passible de trois ans d'emprisonnement et une amende de 45 000 euros. La justice française reproche aussi à TikTok la «fourniture de plateforme en ligne pour permettre une transaction illicite en bande organisée» ainsi que l'«altération du fonctionnement d’un système de traitement automatisé de données en bande organisée».

Pourquoi TikTok est-il accusé d’avoir des effets néfastes sur la santé mentale des adolescents ?

En bref, l’enquête préliminaire, confiée à la brigade de lutte contre la cybercriminalité de la préfecture de police de Paris, se base sur le travail effectué par les auteurs du rapport parlementaire sur TikTok. En septembre, le président de la commission d’enquête avait dénoncé «la facilité d’accès» des «mineurs» à l’algorithme du réseau social, «susceptible de pousser» les plus «vulnérables vers le suicide».

La commission avait alerté concernant «un océan de contenus néfastes» sur TikTok, mêlant des vidéos de «promotion du suicide, d’automutilation» et «une exposition à la violence sous toutes ses formes», en parallèle d’un algorithme puissant. Ce dernier «est conçu afin que soient mis en avant sur la plateforme les contenus les plus extrêmes et radicaux, toujours dans un souci de captation maximale de l’attention de l’utilisateur», ajoutait la commission. La rapporteure de la commission, la députée Renaissance Laure Miller, préconise d’interdire les réseaux sociaux pour les jeunes de moins de 15 ans et la mise en place d’un «couvre-feu numérique» pour les 15-18 ans, afin de tenter d’endiguer un «piège algorithmique».

Après l’annonce de l’ouverture d’une enquête préliminaire, ce mardi 4 novembre, TikTok a réagi dans un communiqué transmis à l’AFP : «Nous réfutons fermement les accusations», affirme la société, assurant proposer «plus de 50 fonctionnalités et paramètres prédéfinis spécialement conçus pour assurer la sécurité et le bien-être des adolescents». De son côté, Arthur Delaporte a salué dans un communiqué «l’ouverture de cette enquête, indispensable pour approfondir et potentiellement sanctionner les multiples défaillances de la plateforme».

Quelles sont les autres accusations auxquelles TikTok doit faire face ?

Fin octobre, l’ONG Amnesty International a annoncé saisir l’Arcom, le gendarme français du numérique «pour porter plainte dans le cadre du DSA (Digital Services Act, le règlement européen sur les services numériques) contre TikTok pour manquement à ses obligations», a déclaré à la presse la chargée de plaidoyer pour la branche française de l’organisation. Amnesty International a publié un rapport le 21 octobre dans lequel elle souligne que les adolescents «manifestant un intérêt pour des contenus relatifs à la tristesse ou à un mal-être psychologique» sont orientés en moins d’une heure vers des «contenus dépressifs».

En parallèle, le 24 octobre, l’Union européenne a accusé le réseau social chinois, aux côtés de Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp), de ne pas se conformer au règlement sur les contenus numériques, le fameux DSA. La Commission européenne réclame un accès plus large à ses données internes, ce que TikTok refuse pour le moment. L’application devra prochainement répondre à la Commission européenne.