
“C’est folklorique, ici, c’est même le carnaval. Pas celui de Rio, celui de Marseille !” Elle ne plaisante qu’à demi, cette vieille habitante du quartier de Noailles, canne dans une main, sac de carottes acheté au marché des Capucins dans l’autre. La préparatrice de la pharmacie, elle, ne rigole pas du tout : “Tant qu’ils se bagarrent entre eux…”, souffle-t-elle. “Ils”, ce sont les bataillons de vendeurs à la sauvette qui, au fil des années, ont peu à peu colonisé ce quadrilatère de ruelles étroites derrière la Canebière, étalant, sur les trottoirs, objets volés ou récupérés dans les poubelles, cigarettes de contrebande, opioïdes, etc.
L'enfer pendant deux ans et demi
En janvier dernier, pendant trois semaines, la police municipale a donné la chasse à ces marchands de misère. Pour s’assurer qu’ils ne reviennent pas, des CRS déambulent encore, tous les après-midi, dans le quartier. Fabienne, installée rue Pollack depuis seize ans, croise les doigts pour que le calme retrouvé perdure. Pendant deux ans et demi, elle a vécu “l’enfer”. “Ces hommes agressifs, bruyants, violents, dealaient dans la rue où, en plus, ils urinaient et déféquaient”, raconte-t-elle. “Épuisée mentalement, moralement, émotionnellement”, elle a envisagé un temps de partir, avant de se raviser et de créer un collectif avec les habitants de sa rue. “Les photos témoignant de la crasse et de l’insécurité que nous avons postées quotidiennement sur X ont eu plus d’impact sur la mairie que nos courriers”, souligne-t-elle.
Huit morts le 5 novembre 2018
De l’insécurité et des trafics, les touristes venus pour une visite guidée ne voient rien, ou si peu. Ils adorent arpenter ce quartier populaire, photographier ses étals de fruits et d’épices, ses bazars, ses cafés branchés, faire leurs emplettes à l’herboristerie du Père Blaize ou dans les rayons centenaires de la Maison Empereur, la plus vieille quincaillerie de France. Les vacanciers ne voient pas non plus l’insalubrité qui ronge les vieux immeubles. Le 5 novembre 2018, deux d’entre eux se sont effondrés, tuant huit habitants de la rue d’Aubagne. “Un drame révélateur de la dégradation et de la vétusté de certains îlots marseillais, qui a débouché sur la création d'une Société publique locale d’aménagement d’intérêt national (Spla-in), financée par la Métropole (59%), l’Etat (35%) et la Ville (6%)”, explique Franck Caro, son directeur général.
Les travaux commencent rue d'Aubagne
Six ans et demi plus tard, les travaux de réhabilitation viennent de commencer rue d’Aubagne. Au total, une quarantaine d’immeubles de Noailles vont faire peau neuve et 70% des appartements seront affectés au logement social. “On va aussi planter des arbres et poursuivre la piétonnisation du quartier”, promet Franck Caro. Un embellissement qui réjouit Juan Pulgarin, le patron du restaurant sud-américain El Barrio Marsella, ouvert depuis un an sur une placette du quartier. “Quand j’ai acheté, il y avait une soixantaine de vendeurs à la sauvette sur ma future terrasse, se souvient-il. Au début, on ne faisait qu’à déjeuner, mais depuis le 9 mai dernier, on propose le dîner trois fois par semaine. La sécurité du quartier le permet maintenant.”
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