
L'édile éprouve une passion viscérale pour sa cité. A peine aux manettes, Benoît Payan lance à quelques visiteurs : «Vous avez devant vous une équipe qui ne lâche rien… Marseille est de retour.» Le quadra est entré presque par effraction à l’Hôtel de ville, sur le Vieux-Port. En décembre 2020, six mois à peine après son élection, la nouvelle maire Michèle Rubirola démissionne, laissant la place à son premier adjoint, Benoît Payan. Ce dernier n’a aucun mal à endosser l’habit de premier édile. Aux journalistes qui lui rendent visite, il adore lire des textes littéraires ou raconter de quelle façon il a soigné la décoration de son bureau, meubles et tableaux, en puisant dans les réserves du Mobilier national. Comme s’il prenait soin de souligner qu’il s’inscrit dans la durée, porté par les bons sondages : à un an des élections municipales, Benoît Payan recueillerait 57% des voix (sondage Ifop pour "La Provence" et BFM Marseille Provence daté de mars 2025), dix points devant sa rivale Martine Vassal (DVD), l'actuelle présidente de la métropole Aix-Marseille-Provence.
Redonner son éclat à la cité phocéenne
Issu de la «classe moyenne marseillaise» (père menuisier, mère agent administratif), originaire d’une famille napolitaine, Payan vit, respire, mange, et pense Marseille. Son parcours, tant personnel que politique, est celui d’un homme refusant de tourner le dos à ses origines qui, face aux difficultés, veut redonner à la cité phocéenne l’éclat qu’elle mérite. La municipalité a donc lancé des chantiers tous azimuts (écoles, sécurité, environnement, culture) et le fait savoir. En matière scolaire, le maire plaide pour son bilan : 18 établissements ont été construits ; en 2026, 50 de plus auront été finalisés, alors que sous le règne de Jean-Claude Gaudin, on dénombrait seulement trois nouvelles écoles tous les cinq ans – le temps d’un mandat municipal.
Payan et ses adjoints sont allés chercher des fonds européens et l’appui d’Emmanuel Macron pour rassembler une enveloppe de 1 milliard d’euros. Sur le plan culturel, les projets foisonnent. En 2020, la municipalité a créé L’Été marseillais avec une offre riche et variée (cinéma en plein air, concerts, ateliers pour les enfants, cours de yoga, etc.). Parce que le centre-ville décline, le maire imagine des métamorphoses audacieuses : centres médicaux, espaces culturels, rénovations en cascade. «Nous allons réinventer notre cité, jusqu’à en faire une fierté retrouvée», affirme-t-il au magazine "Le Point" en mars 2025.
"Il a coupé toutes les têtes de l'exécutif de la mairie"
Mais en coulisses, son fonctionnement est critiqué – officieusement – par certains, qui dépeignent sa gestion comme centralisée, autoritaire et opaque. «Il a coupé toutes les têtes de l’exécutif de la mairie, tacle un ancien membre du Printemps marseillais, l’alliance entre la gauche et des écolos qui domine le conseil municipal. Et surtout, il décide quasiment seul avec son directeur de cabinet, à l’instar de son prédécesseur Jean-Claude Gaudin.» Ancien député (LR puis majorité présidentielle), Lionel Royer-Perreaut résume les critiques : «Pas de projet structurant, pas de vision globale. De la com.» Des mauvaises langues susurrent que «Marseille, c’est un peu une boîte d’événementiel.»
A la décharge de Benoît Payan, ses marges de manœuvre sont réduites. La ville est endettée – Gaudin a laissé une ardoise de 2 milliards d'euros, réduite à 1,4 milliard en 2023. Et elle n’a pas la main sur des secteurs essentiels, qui relèvent de la compétence de la Métropole dirigée par la droite, notamment les transports et le ramassage des ordures ménagères. D’ailleurs, les Marseillais voient régulièrement s’amonceler les poubelles sur les trottoirs pour cause de bras de fer à répétition entre la ville (Payan) et la métropole (Vassal). Aussi symbolique qu’inévitable.
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