
Le cours de l’or va de record en record et il a désormais dépassé le seuil symbolique des 3 000 dollars l’once. En cinq ans, son prix a été multiplié par deux, en grande partie car il joue son rôle de valeur refuge face à la multiplication des crises. En 2020, c’est la crise du Covid qui déclenchait un premier mouvement de hausse du prix du métal doré. Il a ensuite été soutenu par le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022 puis par la résurgence du conflit israélo-palestinien en 2023. En 2025, c’est la guerre commerciale qui est au cœur de l’actualité et permet à l’or de briller de nouveau. Il progresse de plus de 15% depuis le début de l’année, après avoir déjà grimpé de 27% en 2024. Alors pourquoi la guerre commerciale favorise-t-elle une hausse du cours de l’or ?
Les marchés craignent avant tout l’impact de la guerre commerciale sur la croissance mondiale. L’OCDE vient de publier ses prévisions révisées de croissance et d’inflation pour 2025 et 2026. Elle a abaissé ses projections de 0,2 point pour 2025 et de 0,3 point pour 2026, et prévoit désormais une modération de la croissance mondiale à 3,1% cette année, puis 3% l’année prochaine «sur fond d’augmentation des obstacles aux échanges dans plusieurs économies du G20». Elle a par ailleurs calculé le coût d’une hausse de 10% des droits de douane entre les Etats-Unis et tous les autres pays : -0,5 point de PIB en 3 ans, avec un impact plus important pour le Canada (-0,6 point), les Etats-Unis (-0,7 point) et le Mexique (-1,3 point). Dans ce contexte très incertain sur les perspectives de croissance, les investisseurs se détournent des actifs les plus risqués (les actions américaines ont perdu 3,5% depuis le début de l’année pour le S&P 500, -7,8% pour le Nasdaq) et favorisent le métal doré, qui ne présente pas de risque de faillite.
«Face au risque inflationniste, les investisseurs se tournent donc vers le métal doré»
Ensuite, les surenchères de taxes douanières devraient se traduire par une hausse des pressions inflationnistes. Or l’or est réputé pour sa capacité à conserver sa valeur, même en période de hausse des prix. Face au risque inflationniste, les investisseurs se tournent donc vers le métal doré pour se protéger contre le risque de perte de pouvoir d’achat.
Enfin, l’intensification de la guerre commerciale accroît les tensions géopolitiques déjà fortes. De nombreux pays cherchent à réduire leur dépendance au dollar ; ce phénomène de dédollarisation est certes encore marginal mais il s’accélère. Dans ce but, de nombreuses Banques centrales réduisent leurs avoirs en dollars et se tournent vers l’or, qui n’implique aucun risque politique. Ces trois dernières années, les Banques centrales ont acheté plus de 1 000 tonnes d’or par an, soit deux fois plus que la moyenne des 10 années précédentes. Les Banques centrales représentent désormais environ un quart de la demande mondiale d’or et apportent un soutien fort au cours de l’or car elles devraient conserver leurs réserves pendant plusieurs années.
Ces dernières années ont donc prouvé que l’or joue toujours parfaitement son rôle de valeur refuge : que ce soit en temps de crise sanitaire, de conflit géopolitique ou de guerre commerciale, le métal doré reste un atout précieux aux yeux des investisseurs pour amortir le choc d’une crise.

















