
La mort d’un cycliste de 27 ans, tué par un automobiliste après une altercation à Paris le 15 octobre, a réveillé la colère des associations de cyclistes. La cohabitation entre vélos et voitures peut être délicate dans la ville des Lumières. À Paris, comme dans d'autres régions de France, les collectivités s'efforcent de promouvoir des politiques en faveur du vélo pour garantir la sécurité des cyclistes.
Le territoire français compte plus de 51 150 km de pistes cyclables et de voies vertes (dédiées aux piétons, aux cyclistes, aux rollers, aux personnes à mobilité réduite et aux cavaliers), selon un rapport sur le vélo en France produit par le ministère chargé des transports et publié en novembre 2021. En 2017, le kilométrage était de 40 200. D’autres sources fournissent des chiffres plus généreux. Selon le site de cartographie en ligne alimenté par des contributeurs amenagements-cyclables.fr, la France compterait 75 000 km d’infrastructures cyclables dont 46% spécialement dédiées au vélo.
100 000 km d’aménagements cyclables sécurisés d’ici à 2030
La loi Laure de 1996 contraint les communes à réaliser des «itinéraires cyclables pourvus d’aménagement sous forme de pistes, marquages au sol ou couloirs indépendants» pour chaque réalisation ou rénovation de voies urbaines. Depuis, l’offre d’infrastructures cyclables a considérablement augmenté. En parallèle, via le plan vélo et marche 2023-2027 lancé en mai 2023, le gouvernement a promis 2 milliards d’euros d’investissement dans la politique vélo. «Nous travaillerons avec les collectivités locales et souhaitons qu’à leurs côtés, nous parvenions à investir 6 milliards d’euros sur la période», s’était engagée Elisabeth Borne, Première ministre à l’époque. Outre l’encouragement de la pratique du vélo, le plan vise également à atteindre un objectif de 80 000 km «d’aménagements cyclables sécurités» à compter de 2027 et 100 000 km pour 2030. «250 millions d'euros seront dédiés chaque année pour l'accélération du développement des aménagements cyclables en France», avait alors promis le gouvernement.
La répartition des aménagements cyclables sur l’ensemble du territoire français est inégale. Quatre départements cumulent 20% des réseaux cyclables. Il s’agit du Nord, du Bas-Rhin, le Rhône et la Haute-Garonne selon l’étude Les Français et le vélo produite par le Commissariat général au développement durable parue en novembre 2022. La longueur totale des infrastructures cyclables est de 9 000 km en Nouvelle Aquitaine et plus de 8 000 km en Auvergne Rhône Alpes et dans le Grand Est. La Mayenne (469 km) et le Morbihan (575 km) font figure de bons élèves parmi les départements.
Strasbourg ou la ville du vélo
L’enquête Mobilité des personnes (Sdes-Insee, 2019) a classé les principales communes selon l’offre d'aménagements cyclables par habitant et la densité d’aménagements cyclables. Marseille, Nice, Toulon et Saint-Etienne font partie des villes les moins bien classées. À l’inverse, Strasbourg et ses 412 km d'aménagements cyclables et Grenoble avec 10,5 km d'aménagements par km2 sont les deux communes les plus appréciées par les cyclistes. C’est aussi le cas de Rennes, Annecy, Nantes et Lyon.
L’édition 2021 du baromètre des villes cyclables permet de consulter la note attribuée par les utilisateurs aux différentes communes françaises suivant leurs conditions de déplacement à vélo. On y découvre que la cité phocéenne écope de la note G, tandis que Lyon obtient un C. Strasbourg a été classée B par les votants qui se sont notamment exprimés sur la sécurité, le confort, les efforts de la ville et les services de stationnement au sein de la commune.
Rendre la ville plus vélo-friendly, une ambition coûteuse
La politique vélo a un coût considérable pour les collectivités. Outre la construction des pistes cyclables - qui coûtent entre 150 et 750 euros par mètre linéaire selon une étude sur le coût des politiques vélos réalisée par le Club des villes et territoires cyclables et l’Ademe (2020) - les collectivités doivent effectuer des aménagements supplémentaires pour devenir vélo-friendly. Les voiries doivent être repensées afin de permettre aux bicyclettes de circuler en toute sécurité aux côtés des voitures, des transports en commun, des deux-roues ou encore des piétons. À Avignon par exemple, la création d’une voie verte le long d’un canal sur plus de 3 km a coûté 2,4 millions d’euros.
Il faut aussi penser aux panneaux de signalisation ou encore au marquage au sol. Les travaux d'aménagement au sein de la métropole de Lyon qui consistaient notamment à créer un couloir mixte bus-vélos et une piste cyclable, ont coûté 30 000 euros par km. À cela, il faut rajouter le coût des moyens humains pour la conception, l’animation et la mise en œuvre de la politique vélo. Seuls 5% des Français utilisent quotidiennement le vélo comme moyen de transport pour se rendre sur leur lieu d’études ou de travail (Les Français et le vélo, 2022). Parmi ceux qui n’en font jamais ou très rarement, 25% d’entre eux attendent «des pistes cyclables plus nombreuses et plus sécurisées» pour se lancer.



















