Publier en ligne le parcours de son jogging du dimanche matin peut sembler anodin. Pourtant, c’est ainsi que les équipes du journal Le Monde ont pu identifier les membres de la garde rapprochée d’Emmanuel Macron. Sur Strava, les sportifs du monde entier peuvent publier leurs itinéraires de course, partager des photos, ou commenter les publications des autres utilisateurs.

En collectant les données sur les parcours, les points de départ ou encore les lieux de footing des policiers et des gendarmes membres du groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), les journalistes ont non seulement identifié la garde rapprochée d’Emmanuel Macron, mais ont aussi révélé une faille dans la sécurité du chef de l’Etat. Strava permettrait d’anticiper les lieux de résidence du président lors de ses déplacements à l’étranger, une information tenue, en principe, secrète. Le Monde fait également état de possibles pressions sur les membres du GSPR, dont la vie privée se trouve exposée sur cette application de course.

Qu’est-ce que l’application Strava ?

De ses propres mots, Stava est «le réseau social des athlètes». L’application permet aux sportifs de collecter puis d’analyser les données d’effort. En synchronisant Strava avec son smartphone, à une montre connectée, un compteur GPS ou encore un capteur cardiaque, l’utilisateur permet à l'application de récolter des informations concernant la distance parcourue, la durée de la course ou encore sa fréquence cardiaque. Les informations collectées peuvent ensuite être partagées voire accompagnées de photos. Chaque utilisateur peut commenter les performances des autres. D’autres fonctionnalités permettent notamment de partager sa position en temps réel à certains contacts ou bien encore de rejoindre un club. Les utilisateurs peuvent aussi retrouver les parcours réalisés par les autres sportifs et comparer leur performance à la leur.

Quels sont les risques à utiliser Strava ?

Contactée par Capital, l’application Strava a indiqué ne pas vouloir commenter l’enquête réalisée par Le Monde, elle indique cependant que «toute une série de fonctionnalités sont à disponibilité pour gérer sa confidentialité sur Strava et qu’elles ne sont pas toujours bien utilisées», par les sportifs adeptes de l’application. En effet, à moins de modifier les paramètres de sécurité, les données enregistrées sur Strava sont visibles par tous. La carte des déplacements, les données de distance, de durée de déplacement ou encore de calories brûlées… Tout cela est accessible. Il est possible de modifier cette configuration depuis les paramètres en choisissant de masquer la visibilité de son profil. Deux options sont possibles : réserver l’accès à ces données à ses «abonnés» ou à «vous uniquement».

Pourquoi la garde rapprochée du président de la République utilise-t-elle Strava ?

L’enquête du Monde n’est pas la première en son genre. En 2018, France 2 a notamment déjà démontré comment l’application mettait en danger la sécurité de militaires en mission au Mali, au Niger ou en Afghanistan. «Il est en particulier rappelé de désactiver les fonctions de géolocalisation et de GPS», avait rappelé l'Etat-major aux militaires, rappelait le journal. En 2020, Mediapart a annoncé avoir retrouvé via plusieurs applications dont Strava les profils de plus de 800 soldats français déployés à l’étranger et plus de 200 profils de membres des forces spéciales.

Malgré tout, difficile de lutter contre la popularité de l'application qui revendique plus de 120 millions d’utilisateurs, y compris au sein des rangs de la garde rapprochée du président de la République. Dans une réponse au monde, l’Elysée affirme que «les conséquences des faits (...) liés à l’utilisation de l'application Strava par certains membres du GSPR (...) sont très faibles et n’ont en aucun cas des impacts sur la sécurité du président de la République».