Se servir un verre d’eau du robinet, rien de plus simple et pourtant ! Depuis début mai, 11 communes du Haut-Rhin (Alsace), soit 60 000 habitants au total, sont soumises à des restrictions de la préfecture concernant l’eau du robinet dont les taux de concentration en PFAS, aussi appelés polluants éternels, sont bien supérieurs aux normes en vigueur. Plus de 400 personnes ont rejoint un avocat au barreau de Mulhouse qui a décidé de porter plainte prochainement contre Saint Louis Agglomération et Veolia, le gestionnaire du réseau d’eau potable, révèle jeudi 31 juillet ICI Alsace.

Qu’est-ce que les PFAS ?

Les PFAS (à prononcer «PIFASSE») sont des molécules chimiques utilisées par les industries pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes, résistantes aux fortes chaleurs, à la lumière ou encore à l’acidité. Ces substances qui se dégradent très lentement dans l’environnement, d’où le nom de polluants éternels, ne sont pas sans danger pour la santé.

Selon plusieurs études scientifiques, l’exposition aux PFAS peut entraîner des risques de cancer, une augmentation du taux de cholestérol et des retards de croissance chez les enfants ou les fœtus. Ces molécules sont également suspectées d'interférer avec le système endocrinien et immunitaire. En 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a même classé certains PFAS comme «cancérogènes pour l’homme», comme le PFOA, et d'autres comme «peut-être cancérogènes pour l’homme», comme le PFOS.

Que reprochent les 400 personnes à l'origine de la plainte ?

Dans ces 11 communes du Haut-Rhin, les taux de concentrations en PFAS sont jusqu’à six fois supérieurs à la norme en vigueur de 0,1 microgramme par litre qui entrera en vigueur en janvier 2026 - la France ayant opté pour l’option la plus stricte d’une directive européenne datant de 2020. Selon une lettre de l’Agence régionale de santé (ARS) envoyée au président de Saint-Louis Agglomération en 2023 pour l’alerter sur la situation, citée par ICI Alsace, les concentrations vont jusqu’à 0,3 microgramme par litre pour la commune de Saint-Louis.

L’avocat qui a annoncé porter plainte, Me André Chamy, reproche à Saint-Louis Agglomération d’avoir informé trop tard les habitants concernés - en janvier 2024 - sans préciser à quel point les normes sanitaires ont été dépassées, et sans imposer de restriction d’utilisation ou de traitement des eaux. L'agglomération a finalement lancé des travaux de traitement des eaux cet été. L’avocat réclame à Veolia le remboursement de l’eau contaminée aux PFAS. La société, contactée par ICI Alsace, assure que ce traitement «permettra d'établir la conformité de l’eau avant la fin de l’année 2025, conformément aux exigences préfectorales».

Ce n’est pas la première fois que la teneur en PFAS de l’eau du robinet est décriée. En janvier 2023, deux campagnes de mesures, l’une conduite par l’association de consommateurs UFC-Que choisir et l’ONG Générations futures et l’autre par le laboratoire d’analyse Eurofins, ont montré que la concentration en polluants éternels est supérieure aux seuils en vigueur dans la majorité du territoire français. La ville la plus touchée est Moussac dans le Gard avec 13 000 nanogrammes par litre. À Paris, un échantillon prélevé dans le 10e arrondissement fait état de 6 200 nanogrammes par litre d’eau, soit 62 fois plus que le seuil de qualité en vigueur.