
Tout a commencé par une simple amende de train reçue il y a une quinzaine d’années. Ce jour-là, Romain Argentieri, maintenant âgé de 34 ans, ne s'alarme pas. Il soupçonne une simple «erreur». Pourtant, au fil des ans, ces «erreurs» continuent : amendes pour excès de vitesse, accusé de délit de fuite, retrait de permis, saisies sur le compte bancaire et même garde à vue… La machination de l’ombre est lancée. Au gré de procédures judiciaires, Romain Argentieri comprend alors qu’il est victime d’usurpation d’identité. Le coupable ? L’une de ses connaissances éloignée, identifiée à la suite d'un flagrant délit, toujours non condamnée malgré les poursuites judiciaires. «Tout ce qui lui est reproché m’est reproché, il m’a volé mon identité», déplore le trentenaire.
Le jeune homme de Royan (Charente-Maritime) aimerait que les choses changent. «La charge de la preuve est sur la victime. C’est à moi de prouver que je n’ai pas commis toutes ces effractions alors que l’usurpateur est connu des forces de l’ordre. Ça devrait être à lui de prouver qu’il n’a rien fait», regrette Romain. Il en a d’ailleurs fait son combat. Il a fondé sa propre société de prévention contre l’usurpation d’identité et est aussi consultant de l’association RESOCLUB EFP, réseau engagé contre la fraude. Cette année l'association lance même un fonds de dotation (Praevictis), avec une convention signée par la Fédération France Victimes, pour accompagner judiciairement et psychologiquement les victimes sur tout le territoire, y compris les Outre-mer.
Usurpation d’identité : changement de la loi pour sanctionner la fraude identitaire ?
Pour l’homme devenu expert, il faudrait que la législation évolue et protège les victimes. Par exemple, «il n’existe pas de fichier judiciaire centralisé qui regroupe toutes les victimes d’usurpation d'identité». Une telle mention existe pourtant pour les établissements bancaires. Les banques ont la capacité de signaler ce vol d’identité à la Banque de France et d’intégrer cette mention dans votre dossier. Pour autant, le processus ne va pas encore assez loin pour Romain : «C’est trop peu utilisé, peu développé, et si la banque fait un crédit à votre usurpateur, elle pourra quand même se retourner contre la victime.»
«Il faut que l’usurpation d’identité soit sanctionnée comme un braquage»
Il y a aussi un enjeu autour de la pénalisation. Selon le Charentais, il faut que «soit le délit soit plus sévèrement puni, soit que l'usurpation d’identité devienne un crime». La loi doit aussi changer sur certains aspects notamment par le biais «d’une obligation de traitement et de vérification des dossiers des victimes». Lors d’une interpellation sur la route, «les forces de l’ordre devraient avoir une photo de la victime pour identifier l’usurpateur».
Arnaques : comment limiter les risques d’usurpation d’identité ?
Chaque année, entre 200 000 et 300 000 personnes sont victimes d’usurpation d’identité, selon plusieurs sources. Les cas ne cessent de se multiplier, entraînant des conséquences graves telles que des dettes écrasantes ou des amendes considérablement majorées. Les escrocs agissent en masse. Pour limiter les risques, «dès le début d’un doute, il ne faut surtout pas croire que c’est anodin», prévient Romain. Les réseaux sociaux représentent également une véritable mine d'or pour ces usurpateurs d'identité. Ils y trouvent facilement des informations personnelles telles que le nom, le prénom, les photos, l'adresse ou encore la date de naissance... «Il faut vraiment limiter les données personnelles partagées», insiste Romain.
Les autorités rappellent également des gestes simples, comme se protéger contre le phishing pour éviter que les délinquants ne volent des données sensibles, ainsi que détruire les documents contenant des informations personnelles avant de les jeter. L’expert souligne également l’existence d’outils pratiques, comme le filigranage («tatouage numérique») des documents d’identité. L’outil Filigrane Facile permet, par exemple, de réduire la fraude documentaire et les risques de détournement. Enfin, il recommande de ne pas envoyer de documents d’identité à n’importe qui, en particulier à des inconnus. Vigilance, toujours vigilance.



















