Nouveau cocorico pour la France. Après le prix Nobel de physique obtenu par le Français Michel Devoret il y a quelques jours (en compagnie de l’Américain John M. Martinis et du Britannique J. Clarke), c’est au tour d’un autre Français de décrocher le Nobel 2025, cette fois-ci en économie. Comme le rapporte BFMTV, le duo franco-canadien, composé du Français Philippe Aghion et du Canadien Peter Howitt, a été récompensé par l'Académie royale des sciences de Suède pour leurs travaux sur «la théorie de la croissance soutenue par la destruction créatrice».

Si les noms des Français Gabriel Zucman et Thomas Piketty avaient été évoqués, tout comme celui du Franco-Américain Emmanuel Saez, c’est bien Philippe Aghion qui a décroché la timbale. Il s’agit du cinquième Français à toucher du doigt ce prestigieux prix, après Gérard Debreu (1983), Maurice Allais (1988), Jean Tirole (2014) et la dernière en date, Esther Duflo en 2019. Leurs travaux sur l’innovation ont été mis en valeur, au même titre que ceux de l'Américano-Israélien Joël Mokyr «pour avoir identifié les conditions préalables à une croissance soutenue grâce au progrès technologique». Nos confrères soulignent que Philippe Aghion et Peter Howitt ont étudié les mécanismes de la croissance durable et ont construit un modèle sur la destruction créatrice.

L’innovation et la créativité destructrices

Dans un article datant de 1992, ils expliquent comment les entreprises deviennent perdantes avec leurs anciens produits lorsque de nouveaux, améliorés, sont mis sur le marché. Il y a là une ambivalence entre la créativité liée à la nouveauté et l’innovation et la destruction créées, car la technologie développée par l’ancienne société devient obsolète. Lorsqu'un produit nouveau et amélioré arrive sur le marché, les entreprises qui commercialisent les anciens produits sont perdantes. L'innovation représente une nouveauté qui est créative. Cependant, elle est également destructrice, car l'entreprise dont la technologie devient obsolète est supplantée par la concurrence.

Dans un ouvrage qu’il a coécrit avec Céline Antonin et Simon Brunel, Philippe Aghion qualifie ce processus «par lequel les emplois nouvellement créés viennent sans cesse remplacer les emplois existants». C’est à partir de ces innovations qu’un dialogue doit être établi de manière constructive pour éviter les conflits. A noter que le co-lauréat du Nobel d’économie 2025 n’est pas un inconnu, du moins de certains politiques, à commencer par Emmanuel Macron.

Philippe Aghion a inspiré Macron en 2017

En effet, comme le rappelle BFMTV, Philippe Aghion, économiste post-schumpétérien, a été professeur au Collège de France, à l'INSEAD et à la London School of Economics. En 2012, il avait signé un appel pour soutenir la candidature de François Hollande avant d’apporter son soutien au chef de l’Etat actuel. C’est lui qui a inspiré le programme économique d’Emmanuel Macron en 2017 sur la relance de la croissance. Les deux hommes s’étaient rencontrés dix ans plus tôt lors de la Commission de la libération de la croissance (aussi appelée commission Attali).

Dans Challenges, l’économiste s’était réjoui d’avoir été son professeur, Emmanuel Macron ayant «fait preuve d'une vraie volonté de comprendre l'économie et notamment les nouvelles théories sur la croissance». Toujours au cours de cet entretien, l’économiste avait dit du futur président français : «Emmanuel pige vite ! Il a du charisme et une rapidité d'esprit, ses idées font bouger les lignes.» Mais les deux hommes se sont éloignés, Philippe Aghion n’ayant par exemple pas soutenu Emmanuel Macron en 2022.

Dans un article du Monde daté du 10 octobre dernier, donc avant son prix, l’économiste prenait ses distances avec le gouvernement actuel, et le manque de moyens accordés à l’école : «Un bon système éducatif est le pilier de toute politique d'innovation sérieuse», rappelait-il, jugeant que les devoirs, le suivi des élèves et la formation des professeurs étaient primordiaux. Sans rancunes, le chef de l'Etat a salué sur X «sa vision de la croissance par l'innovation» qui «éclaire l'avenir et prouve que la pensée française continue d'éclairer le monde». C'est une «fierté française et une inspiration mondiale».