Dans le monde d’après, les yaourts seront-ils des produits stratégiques ? La question peut avoir l’air d’une boutade, mais elle semble désormais réellement se poser dans notre pays. Lorsqu’il a appris en début d’année que le québécois Couche-Tard avait l’intention de racheter Carrefour, Bruno Le Maire s’est en effet empressé de mettre son veto. Motif : le groupe d’hypermarchés français serait un "chaînon essentiel dans la sécurité alimentaire des Français", et même "dans la souveraineté alimentaire". Rien que ça ! Des observateurs audacieux n’ont pas manqué de faire remarquer que les supermarchés Lidl ou Aldi, détenus par des capitaux allemands, avaient tout aussi bien assuré l’approvisionnement des ménages que les enseignes tricolores pendant les confinements, et que la distribution n’était par conséquent pas une activité tellement menacée. Rien n’y a fait, notre ministre est resté ferme sur sa position. "Nous pensions que le gouvernement français encourageait l’investissement étranger", a avoué, dépité, Alain Bouchard, le président fondateur de Couche-Tard, à nos confrères des Echos.

De la part d’un gouvernement qui a fait de l’attractivité de l’Hexagone une de ses priorités – quelques jours après le coup de sang de Bruno Le Maire, Emmanuel Macron a d’ailleurs réuni une centaine de patrons de multinationales pour son désormais traditionnel sommet Choose France –, la réaction du ministre de l’Economie a en effet de quoi étonner. "L’administration de Bercy n’avait même pas encore été saisie du dossier, les milieux d'affaires ont été surpris", constate Christian Sauer, associé chez Bryan Cave Leighton Paisner (BCLP), qui conseille ses clients sur des opérations de fusions-acquisitions.

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