Encore raté ! Le détroit d’Ormuz n’est pas bloqué par l’Iran. La circulation est fluide et normale, comme les images satellites le prouvent. Pourtant, c’est la quinzième fois depuis la fin des années 1970 que Téhéran menace de le faire. À chaque fois, cela suscite des sueurs froides chez certains investisseurs. D’autres restent impassibles. Et ils ont raison (à l’heure où ces lignes sont écrites, le CAC 40 et Wall Street sont soulagés par le recul des craintes sur l’Iran). Dans le cas présent, un blocage du détroit est peu probable.

C’est techniquement compliqué - distance de 31 km. Enfin, ce n’est pas dans l’intérêt de l’Iran car cela va surtout agacer la Chine, son principal client, qui est dépendante de cette voie de passage pour les hydrocarbures. Tout au plus, les gardiens de la révolution peuvent tenter de brouiller les signaux GPS et GNSS (navigation par satellite) dans la zone, avec un succès limité. Pas de quoi faire plonger la Bourse et pousser le pétrole à 100 dollars le baril.

Le risque géopolitique est difficile à mesurer, pour la Bourse

Le risque géopolitique revient régulièrement sur le devant de la scène. Il est inattendu, et difficile à mesurer. Les économistes se réfèrent à l’indicateur de risque géopolitique créé par Caldara et Iacoviello. Il est basé sur une analyse textuelle d'articles de journaux (USA Today, The Financial Times, The Guardian etc.), identifiant les mentions d'événements géopolitiques et leur attribuant un score de risque.

Son principal avantage, c’est qu’il permet d’avoir une lecture historique en remontant jusqu’au début du 20ème siècle. Parfait pour les comparaisons. Mais son utilité est faible pour un investisseur. Il est actualisé mensuellement et ne permet pas d’anticiper les risques. En outre, il se base essentiellement sur des articles de la presse anglo-saxonne, ce qui renvoie à une perception du risque centrée sur les préoccupations occidentales.

Les marchés ont une autre grille de lecture. Ils se focalisent sur le VIX - l’indicateur de la peur. Il est calculé à partir de la volatilité implicite sur les options à un mois. C’est une mesure des risques imminents, comme le conflit actuel entre Israël et l’Iran. En revanche, il n’intègre pas les risques à long terme liés aux événements économiques ou géopolitiques. Par exemple, le VIX est resté relativement calme pendant la majeure partie de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, avec seulement quelques légers pics occasionnels.

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Est-ce que ça compte vraiment ? Quand la géopolitique revient, mieux vaut faire le dos rond en Bourse

Il faut distinguer les effets sur la Bourse (S&P 500, CAC 40, Dow Jones, Nasdaq…) à court terme de ceux à long terme. À court terme, on assiste généralement à des achats de calls (paris haussiers, NDLR) sur le VIX par les traders et les fonds spéculatifs afin de se protéger, à un repli sur les valeurs refuge (or, dollar, yen, franc suisse) par les institutionnels, à une flambée du pétrole et parfois à une hausse des actions du secteur de la défense. Ce n’est pas systématique.

À long terme, l’effet est plus faible. Les études sur le sujet montrent que les marchés aiment se faire peur. L’étude de référence de Guidolin et La Ferrara, publiée en 2010, analyse 28 conflits internationaux et leur impact sur l’indice boursier MSCI World. C’est sans appel. Deux ont provoqué une réaction négative importante des actions tandis que trois, dont la guerre en Irak en 2003, ont entraîné une hausse des actions. Dans une large majorité des cas, les conflits militaires ont eu un effet proche de zéro sur les actions. Cela vaut aussi pour les matières premières et les devises. Après une phase de forte volatilité, les prix ont tendance à revenir rapidement à la moyenne. Morale de l’histoire : lorsque la géopolitique revient, faire le dos rond est certainement la stratégie la plus sage en Bourse.

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