
Après plusieurs mois compliqués, Xi Jinping peut désormais envisager l’avenir avec un certain optimisme. Alors que Pékin accueillait les dirigeants du «nouvel ordre mondial» et affichait sa puissance militaire au monde, en Bourse, les marchés actions chinois ont fortement rebondi, reléguant au second plan le conflit commercial du printemps, désormais repoussé. Mais la Chine - qualifiée il n’y a pas si longtemps de «non investissable» - est-elle réellement de retour sur le plan domestique et diplomatique ?
Un récent voyage sur place «a révélé un pays en transition, tiraillé entre résilience, fragilité et innovation», note Naomi Waistell, co-gérante de Carmignac Emergents et gérante de Carmignac China New Economy. Autrefois star incontestée du monde émergent, la Chine «s’est construite sur une croissance vigoureuse du produit intérieur brut (PIB), alimentée par un marché immobilier florissant et un marché actions en plein essor», rappelle la gérante, pour qui un retour à cette époque semble peu probable.
Une économie chinoise à deux vitesses
Depuis l’éclatement de la bulle immobilière, l’annonce d’un plan de relance «quoi qu’il en coûte» à l’automne 2024 par la Chine avait brièvement ravivé l’optimisme. «Mais les retombées sur l’économie réelle restent limitées. Le gouvernement central demeure prudent et réactif, tandis que les autorités locales, surendettées, peinent à mettre en œuvre les directives», fait valoir Naomi Waistell, qui juge que l’économie chinoise, dépendante des exportations, pourrait se heurter à une fin d’année plus difficile, alors que les commandes anticipées (pour éviter les hausses tarifaires) ralentissent.
Il en résulte une économie chinoise à deux vitesses : l’activité manufacturière et les exportations soutiennent la croissance, mais la consommation intérieure reste timide. Pour la relancer, «une hausse des revenus, un renforcement de la protection sociale et une création d’emplois plus productive sont indispensables. Les avancées restent modestes, la confiance des ménages est fragile, et la reprise se dessine de façon inégale : les grandes métropoles montrent des signes de vitalité, tandis que les villes de second rang stagnent», analyse la gérante, pour qui la pression pour un nouvel effort de relance de l'économie chinoise devrait s’accentuer dans les mois à venir.
Donald Trump makes China great again (rend à la Chine sa grandeur)
Le destin économique de la Chine ne peut être analysé isolément. Il est intimement lié à celui des Etats-Unis… et du monde. «Si la guerre commerciale n’est pas encore résolue, nous estimons qu’un effondrement complet des relations sino-américaines reste très improbable. La Chine dispose de nombreux atouts, et des décennies de diversification ont considérablement réduit sa dépendance envers les Etats-Unis», relève Naomi Waistell.
En Chine, les plaisanteries selon lesquelles «Donald Trump rend à la Chine sa grandeur» (ou «Donald Trump makes China great again») sont courantes. Beaucoup considèrent ce conflit commercial comme «une aubaine politique, offrant un bouc émissaire idéal à la conjoncture économique difficile. Par ailleurs, le regain de préférence des jeunes Chinois pour les produits domestiques traduit une forme de confiance intérieure, potentiellement porteuse pour la prochaine phase de redressement», juge la gérante.
Une nation chinoise tournée vers l’innovation et une vague d’introductions en Bourse innovantes
Malgré les vents contraires, plusieurs signaux sont encourageants, selon elle. La Chine redouble d’efforts en matière de sciences et technologies. Tandis que la production à faible valeur ajoutée migre vers l’Asie du Sud-Est, la Chine «grimpe dans la chaîne de valeur. Elle domine désormais les chaînes d’approvisionnement des énergies renouvelables et fournit la majorité des véhicules électriques mondiaux. La percée de DeepSeek en début d’année a rappelé la capacité du pays à surprendre», relève l'experte de Carmignac. Si les Etats-Unis gardent une avance dans l’intelligence artificielle et la robotique humanoïde, la Chine comble rapidement l’écart. Avec la recherche d’autosuffisance comme priorité, «des avancées similaires sont observées dans le domaine de la santé et de la robotique, tandis que les capacités excédentaires des anciennes industries sont en voie d’être démantelées», souligne la gérante.
Parallèlement, le marché de Hong Kong connaît une forme de renaissance. Les restrictions sur les introductions en Bourse (IPO) en Chine continentale persistent, mais la stratégie «tout sauf les Etats-Unis», associée à une amélioration de la liquidité, a favorisé le retour des capitaux internationaux. Une vague d’introductions en Bourse innovantes a contribué à réduire l’écart de valorisation entre les actions «A» (Chine continentale) et «H» (Hong Kong) à son plus bas niveau depuis cinq ans, reflétant «un regain de confiance des investisseurs en actions», analyse Naomi Waistell, pour qui la sélectivité «reste essentielle».
En Bourse, pour les investisseurs en actions chinoises, ce contexte présente autant de défis que d’opportunités
Une part de la hausse récente des marchés actions semble excessive, juge la gérante, mais des thématiques structurelles de long terme demeurent attractives, en Bourse. Parmi elles : les facilitateurs de l’IA, l’automatisation, l’économie de l’expérience, le bien-être et la mobilité de demain. Toutefois, face à des valorisations en Bourse qui commencent à se tendre, la sélectivité - à la fois sur la qualité et sur le prix d’entrée sur les actions - «est plus que jamais essentielle», met-elle en garde.
En parallèle, un second axe d’investissement se dessine : les entreprises à haut rendement, offrant un rendement élevé mais dont les valorisations actuelles «ne reflètent pas pleinement la qualité de leurs fondamentaux. Ces titres, sous-estimés par le marché, peuvent faire preuve d’une résilience notable face aux incertitudes macroéconomiques», juge Naomi Waistell. Les dividendes restent attractifs et les rachats d’actions atteignent des records historiques sur le marché chinois. Dans une Chine marquée par des difficultés conjoncturelles et un conflit commercial non résolu, «c’est peut-être la stabilité, plus que la croissance, qui définira la trajectoire future de la Chine. Mais pour les investisseurs en actions les plus avisés, qui savent où chercher, cela pourrait être amplement suffisant», fait valoir la gérante.



















