
Vous connaissez le Waikiki Surf Club ? C’est le nom donné à la première école de surf qui a vu le jour en France, en 1959, à Biarritz. Reprenant le nom d’une célèbre anse de l'île d’Honolulu à Hawaï, les pionniers du surf français posent leur serviette et s’installent sur la plage de la Côte des Basques avec vue imprenable sur les déferlantes de l’Atlantique. A cette époque-là, les « tontons surfers » intriguent autant qu’ils fascinent par leur capacité à se tenir debout sur leurs longues planches venues des Etats-Unis. Une pratique d’initiés, qui est devenue plus de 60 ans plus tard, un art de vivre, mais aussi un phénomène touristique et économique. « Aujourd’hui, avec l’explosion du nombre d’écoles de surf, la mairie de Biarritz a même dû limiter le nombre de structures sur la Côte des Basques, délivrant une dizaine d'autorisations temporaires pour la saison », rapporte un cadre de la Fédération française de surf.
Cette déferlante du surf français, qui vire à l’embouteillage sur les spots durant l’été, est particulièrement remarquable depuis la pandémie. Hommes, femmes, ados, enfants. Tout le monde s’y met ! « Dans les clubs, nous avons passé la barre des 15 000 licenciés en compétition. Mais d’après les données du ministère des Sports, il y avait 600 000 pratiquants avant le Covid et on serait aujourd’hui au-dessus du million. On le voit sur les plages, les écoles de surf et les surf shop ouvrent plus longtemps sur l’année et on continue de former entre 350 et 400 nouveaux moniteurs diplômés par an », poursuit ce responsable de la fédération qui n’accorde son label officiel qu’à 120 écoles de surf. Seulement, les structures sont bien plus nombreuses. Entre les écoles itinérantes, les clubs de vacances et les « surf camps » qui proposent des séjours couplés avec hébergement, matériel et cours, l’offre surf est hyper variée.
Un chiffre d’affaires de 2,1 milliards d’euros en Europe, la France en tête!
En Gironde, l’Office de tourisme de Médoc Océan (regroupant les communes de glisse comme Lacanau, Carcans et Hourtin) avance ainsi des retombées économiques directes et indirectes comprises entre 12 et 15 millions d’euros par an. Et selon le propre recensement de l’office, « 30% des touristes déclarent que la pratique du surf ou la présence de spots réputés a influencé leur choix de séjour ». Une demande forte donc, qui trouve réponse parmi les plus de 60 écoles de surf disponibles sur cette côte et employant 150 moniteurs diplômés. Avec des forfaits de stage (comptez 160 euros les 5 jours en moyenne) comprenant la location du matériel, le chiffre d’affaires moyen d’une école de surf girondine oscille entre 80 000 et 150 000 euros sur la saison.
Et on ne parle pas des surf shop, ces magasins spécialisés qui vendent à la fois du textile surf grand public et du matériel technique. « Nous recensons 3000 magasins de surf en Europe, pour un chiffre d’affaires global de l’industrie de 2,1 milliards d’euros. La France capte 40% de ce marché et depuis la pandémie, nous enregistrons une hausse des ventes de matériel (+15%) », détaille Jean-Louis Rodrigues, le patron d’EuroSIMA, le syndicat professionnel regroupant les 250 principales marques du secteur.
A côté des mastodontes américains Billabong et Quiksilver (deux marques du groupe Boardriders, revendues en 2024 au breton Beaumanoir) et de Rip Curl (propriété du néo-zélandais KMD Brands) qui « ont mal géré la sortie du Covid en sur-produisant puis en bradant une grande partie de leur stock ces deux dernières années », indique un professionnel du secteur, de petites marques françaises tentent de percer, sur tout le littoral atlantique.
A La Rochelle par exemple, Yann Dalibot a créé en 1999 avec son associé Matthieu Barat la marque Sooruz. En vendant d’abord des t-shirts sur les marchés, ils ont professionnalisé leur affaire en l’axant sur l’innovation, notamment pour fabriquer des combinaisons de surf plus durables. « Nous passons 80% de notre temps à développer des produits techniques. Nous utilisons du polyester recyclé ou de la fibre de coco. Depuis notre collection hiver 2024, nous n’utilisons plus de néoprène (matière très utilisée contenant du pétrole, NDLR) sur l’ensemble de notre gamme, mais du caoutchouc naturel et de la poudre de coquille d'huître. En plus, nous recyclons 30 000 combinaisons par an », confie l’ancien champion de planche à voile.
La Bretagne juste derrière la Nouvelle Aquitaine
Avec sa trentaine de salariés, Sooruz réalise un chiffre d’affaires d’une dizaine de millions d’euros. Mais la jeune marque s’est vite fait connaître, aussi bien auprès d’athlètes de haut niveau que d’écoles de surf qu’elle fournit allègrement chaque année. « Pour les débutants, les écoles sont souvent le moment où ils enfilent leur première combinaison. Et comme les produits ont énormément progressé ces dernières années, étant plus chaud et plus souple, cela a beaucoup aidé la pratique même en dehors de l’été », ajoute le PDG de Sooruz qui a élargi sa gamme à tous les sports nautiques (voile, windsurf, kite-surf…) et vient même d’ouvrir un magasin aux Etats-Unis.
D’après la Fédération française de surf, la deuxième région la plus dynamique en matière de pratiquants derrière la Nouvelle Aquitaine serait désormais la Bretagne. Ses eaux fraîches (moins de 10 degrés l’hiver et au début du printemps) ne freinent plus les surfeurs, y compris les occasionnels. « A cela s’est ajouté l’effet Paris 2024 avec les deux médailles (l’or pour Kauli Vaast, le bronze pour Johanne Defay, NDLR). Cela nous a mis un éclairage très fort sur la discipline qui attire de nouveaux sponsors », confie une source à la Fédération. Décidément, le surf n’est plus qu’un simple tube de l’été.
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