Netflix est-il en passe de mettre la main sur l’un des joyaux d’Hollywood ? Un mois après avoir déposé une offre estimée à 83 milliards de dollars pour racheter Warner Bros Discovery, la plateforme de streaming poursuit ses discussions avec le célèbre studio américain. L’opération lui permettrait de s’offrir les studios de cinéma, HBO Max et les activités de jeux vidéo du groupe. Mais ce projet de rachat suscite de vives critiques dans le milieu du cinéma, inquiet de voir un acteur historiquement réticent aux salles obscures prendre le contrôle d’un studio emblématique.

Netflix a longtemps privilégié les sorties exclusivement sur sa plateforme, limitant les diffusions en salles à quelques événements ponctuels. Mais, selon le média américain Deadline, le géant du streaming aurait récemment fait un geste d’ouverture : il se dit prêt à accorder aux films Warner une fenêtre d’exclusivité de 17 jours en salles avant leur mise en ligne sur Netflix, aux Etats-Unis. Cette concession ne concernerait ni la France ni, plus largement, l’Europe, indique BFM Tech & Co.

La chronologie des médias, un obstacle pour Netflix

En cause : la chronologie des médias. En France, la réglementation impose à Netflix, compte tenu de son niveau actuel de contribution au cinéma tricolore, d’attendre 15 mois après une sortie en salles avant de pouvoir proposer un film dans son catalogue. Dans ce contexte, Netflix fait face à un dilemme : accepter des sorties cinéma et patienter 15 mois avant une diffusion en streaming, ou renoncer aux salles pour réserver les œuvres à une exclusivité sur sa plateforme. Une stratégie qui pourrait fragiliser davantage ses relations avec les exploitants de salles.

Une autre option consisterait à renforcer ses investissements dans le cinéma français afin de réduire cette fenêtre d’exclusivité. Disney a déjà emprunté cette voie, ramenant le délai à neuf mois pour ses films. Mais pour Netflix, un tel effort ne permettrait de gagner que quelques mois, tout en risquant de tendre ses relations avec Canal+, détenteur de la fenêtre la plus courte (six mois) et partenaire historique du 7e art. D’autant que la chaîne de télévision a récemment prolongé son accord avec Warner jusqu’au 31 décembre 2025.

Au-delà de ces enjeux, l’opération reste suspendue au feu vert des autorités de la concurrence. Netflix devra notamment obtenir l’aval de la FTC, le régulateur américain, dont la direction a récemment été renouvelée par l’administration Trump. Un passage obligé, d’autant plus sensible que Warner Bros Discovery a déjà rejeté une offre concurrente de plus de 100 milliards de dollars émanant de Paramount.