Comme cela était largement attendu, la Fed n’a pas modifié sa fourchette de taux directeurs, actuellement à 4,25%/4,50%. Les projections de taux directeurs des membres du FOMC (Comité de politique monétaire de la Fed) - les fameux «dots» - donnent globalement le même message qu’en mars avec deux baisses de taux envisagées en 2025, mais une polarisation en deux groupes au sein du FOMC est apparue depuis mars.

En effet, un petit groupe n’anticipe aucune baisse de taux cette année (7 des 19 membres du FOMC) alors qu’un groupe un peu plus important anticipe au moins deux baisses de taux (10 des 19 membres). La raison de cette polarisation tient à l’anticipation de l’effet qu’auront ou pas les hausses de droits de douane sur l’inflation et sur l’économie en général. Sur ce point, les avis divergent de plus en plus au sein de l’institution.

Pourquoi la Fed est-elle attentiste sur les taux d’intérêt ?

Durant sa conférence de presse, Jerome Powell, le patron de la Fed, a maintenu et justifié la posture attentiste de la Fed depuis décembre (les taux directeurs n’ont plus été modifiés depuis) en expliquant que la hausse des droits de douane devrait finir par causer une hausse de l’inflation cet été et qu’il est nécessaire de voir si cela n’affecte pas les anticipations d’inflation de long terme. Pour le moment, on peut constater que les hausses de droits de douane n’ont eu à peu près aucun effet significatif sur les chiffres d’inflation (le dernier chiffre disponible est celui de mai).

Selon Jerome Powell, il est normal que les droits de douane mettent du temps à affecter les indices de prix car une partie des biens vendus aujourd’hui ont été importés il y a plusieurs mois. Cela dit, on sent chez lui très peu de certitudes sur le sujet. Néanmoins, le possible impact sur l’inflation lui fait dire que la Fed «prendra des décisions plus intelligentes» en attendant quelques mois.

Les débats sur la succession de Jerome Powell à la tête de la Fed sont ravivés

Clairement, les projections économiques des membres du FOMC ont évolué de façon à rendre l’équation plus compliquée, avec une hausse de la prévision d’inflation accompagnée d’une hausse de la prévision de chômage. Et c’est cet antagonisme entre les deux objectifs du mandat de la Fed, à savoir la stabilité des prix et le plein emploi, que Jerome Powell a mis en avant pour justifier le statu quo monétaire. Comme cela était attendu, Donald Trump s’est immédiatement plaint de la décision de Jerome Powell, en réclamant des taux directeurs deux points de pourcentage plus bas.

Cela ravive évidemment les débats sur la succession de Jerome Powell, dont le mandat de président se termine en mai 2026. Christopher Waller, membre du Board de la Fed et qui y avait été nommé par Donald Trump, semble être rentré en campagne puisqu’il a plaidé pour une baisse de taux dès le mois de juillet, en arguant du fait qu’il valait mieux ne pas attendre une forte dégradation du marché du travail avant de baisser les taux directeurs et qu’une hausse des droits de douane de 10 points ne devrait pas avoir un grand effet sur l’inflation.

On trouve là une vision assez différente de celle exposée par Powell deux jours plus tôt, quand ce dernier avait plutôt minimisé la dégradation récente de plusieurs indicateurs du marché du travail. D’autres candidats devraient également se manifester et mettre le doigt sur les fragilités des hypothèses de Jerome Powell et, assurément, la communication de ce dernier sera de plus en plus parasitée par les débats sur sa succession.

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