
C'est un principe phare de la finance : l'indépendance des banques centrales. Pourtant, aux Etats-Unis, lorsque l'administration Trump a ouvert, le 11 janvier, une enquête contre Jerome Powell, président de la Fed et garant de la politique monétaire américaine, les marchés financiers sont restés d'un calme déroutant, relève un article de France 24. Aucun décrochage, pas de fuite des capitaux, à peine un soubresaut. «L'indice de volatilité des marchés avait augmenté lundi, comme on aurait pu s'y attendre, observe Alexandre Baradez, analyste des marchés chez IG France. Mais il est redescendu dans la journée pour s'établir à environ 15 %. Lorsque la panique s'installe, cet indicateur peut grimper jusqu’à 80 %, et il descend à 10 quand il est très bas». Autrement dit, Wall Street a traité cette offensive institutionnelle comme un non-événement.
Cette inertie surprend les économistes interrogés par France 24. «C'est une réaction assez mystérieuse», admet Johannes Petry, spécialiste d’économie politique et des marchés financiers à l'université Goethe à Francfort. Car les précédents internationaux sont sans équivoque : en Turquie, en Argentine ou en Inde, la mise sous pression des banques centrales a systématiquement débouché sur une perte de crédibilité monétaire et une envolée de l'inflation. Un scénario que les investisseurs redoutent… en théorie.
Quand les marchés choisissent d’attendre
Pour certains experts, ce calme n'est pourtant qu’apparent. «Cela peut prendre un certain temps pour que les marchés réalisent à quel point c'est sérieux, et alors ils peuvent se retourner très rapidement, avertit Peter Tillmann, économiste à l’université Justus-Liebig de Gießen, dans le centre de l’Allemagne. Même prudence chez Jens van’t Klooster, spécialiste d’économie politique à l’université d’Amsterdam qui a travaillé sur l’indépendance des banques centrales. Pour lui, il est peut-être «trop tôt pour évaluer la réaction des marchés».
Plusieurs éléments contribuent cependant à minimiser les inquiétudes. D'abord, l'enquête ordonnée par Donald Trump comme Jerome Powell – un homme vis à vis duquel il affiche publiquement son animosité – a suscité des critiques jusque dans le camp républicain, laissant augurer un possible frein institutionnel. Ensuite, la Fed ne se résume pas à son président. «Même si Donald Trump contrôlait le président, cela ne signifie pas que la majorité du comité va suivre», rappelle Peter Tillmann. Par ailleurs, «il n'y a pas vraiment d'alternative, et se désinvestir des Etats-Unis est virtuellement impossible pour les grands gestionnaires d'actifs», souligne Johannes Petry.
Les investisseurs semblent attendre le point de rupture
Aujourd'hui, cette retenue inquiète certains observateurs. «Cette influence a beaucoup diminué», reconnaît Johannes Petry à propos du pouvoir de dissuasion des marchés. Et pour Alexandre Baradez, l'absence de réaction forte «procure une sorte de carte blanche à Donald Trump pour faire ce qui lui plaît». Les investisseurs semblent attendre le point de rupture, «prêts à aller jusqu'au bord du précipice de peur de rater une occasion de faire des profits».


















