
Actualisation du vendredi 13 juin : Cette interview a été réalisée plusieurs semaines avant le décès de Benoît Jaubert, directeur général d’Optic 2000, survenu le 28 mai 2025. Dans un communiqué, l’entreprise a rendu hommage à un dirigeant «profondément engagé et humain», qui incarnait «une vision exigeante et bienveillante».
Myopes, malvoyants ou sportifs mal corrigés : le célèbre groupement d’opticiens (marques Optic 2000 et Lissac) se pose en défenseur de la santé visuelle pour tous. Comme les autres enseignes du secteur, il compte aussi accélérer dans l’audition, via sa marque Audio 2000. Autant de moyens, dans un marché de l’optique saturé, de doper son chiffre d’affaires, dont la croissance n’a pas excédé 1,1% l’an passé, à 1,3 milliard d’euros. Et de maintenir ses parts de marché, estimées à 16%.
Capital: Les écrans sont partout, et les enfants s’y mettent de plus en plus tôt. Pour vous, c’est une opportunité de business ?
Benoît Jaubert: Pas vraiment, car je n’ai pas envie de vendre des lunettes à des enfants qui passent leur journée devant les écrans ! Je préfère les encourager à sortir et à faire du sport. Nous sommes d’ailleurs en train de préparer une opération de sensibilisation, sur le thème «sortez vos enfants de devant les écrans». Pour notre entreprise, c’est une responsabilité sociétale, il faut aider les familles à changer ces comportements. Nous voulons nous positionner comme experts et relais en matière de santé visuelle pour l’enfant.
Les équipements contre la myopie constituent toutefois un de vos axes de croissance…
C’est un chiffre largement diffusé : du fait de l’usage des écrans, mais aussi de la génétique ou de la sédentarisation, la proportion de myopes dans le monde devrait grimper de 35 à 50% d’ici quinze ans. Il faut donc s’armer technologiquement contre ce phénomène. Nous avons la chance d’avoir en France un champion mondial de la technologie, avec EssilorLuxottica. C’est l’un de nos partenaires, et nous contribuons par exemple avec lui à faire connaître les verres de freination de la myopie. L’intérêt de traiter les enfants avec ce type de correction est de pouvoir les suivre dans le temps.
De l’autre côté du spectre, le vieillissement de la population vous profite-t-il aussi ?
En effet, l’espérance de vie augmente, et les patients ont donc des besoins de plus en plus tard dans la vie. Mais ces besoins évoluent. En 2019, nous avons par exemple été les premiers à lancer un service d’optique à domicile, pour ceux qui ne peuvent pas ou plus se déplacer en magasin, ou qui vivent dans des lieux trop éloignés. Aujourd’hui, plus de 1 000 opticiens, sur les 1 208 de l’enseigne, sont inscrits à «Optic 2000 à domicile». L’objectif est que ce service pèse 5% de notre activité. L’enjeu est important pour aider les personnes âgées à maintenir leur autonomie et pour leur permettre de lire, de regarder la télévision, et parfois simplement de marcher. Cela modifie aussi notre relation au client : quand vous vous rendez chez des gens qui ont plus de 80 ou 90 ans, dans certains cas, vous n’avez plus affaire à eux directement, mais à leur aidant.
Vos magasins ont aussi développé des espaces de téléconsultation ?
C’est devenu indispensable : en France, le délai pour décrocher un rendez-vous avec un ophtalmologue dépasse six mois dans près de la moitié des départements. Et plus de 40% de nos magasins se situent dans des déserts médicaux, où l’on compte moins de 7 ophtalmos pour 100 000 habitants. Nous avons déjà 35 points de vente qui proposent des espaces de téléconsultation, permettant d’accéder en direct à un ophtalmologue. D’ici trois ou quatre ans, près d’un quart de nos magasins, soit 200 à 300 points de vente, devraient proposer des dispositifs d’accès aux soins à distance. C’est un investissement important, de 100 000 euros par machine. Mais nous avons l’avantage d’être une coopérative, et de pouvoir mutualiser les ressources nécessaires à ces développements.
Comprenez-vous que cette pratique soit contestée par certains praticiens ?
Nos téléconsultations se font dans des espaces garantissant la confidentialité, insonorisés et isolés du reste du magasin, en partenariat avec le spécialiste Medadom. Elles s’inscrivent dans le parcours de soins, et selon les recommandations formulées par la Haute Autorité de santé. Le patient suit son examen, et fait ce qu’il veut de l’ordonnance. Nous veillons aussi à bien qualifier les besoins avant toute installation d’espace, en nous coordonnant avec les ophtalmologues du secteur. Si on détecte quelque chose de grave, ou nécessitant un examen complémentaire, il faut également que l’on puisse réorienter vers un praticien, pour un rendez-vous physique.
Quel bilan pour le reste à charge zéro, cinq ans après sa mise en place dans l’optique ?
Les lunettes sans reste à charge, issues de la réforme du 100% Santé, représentent 19% des équipements vendus dans nos magasins. Soit à peu près la proportion que l’on retrouvait déjà dans notre réseau avant l’adoption de la mesure, grâce au remboursement des mutuelles. Mais cette réforme constitue un progrès, car le reste du marché n’était peut-être pas à ce niveau. Et elle a permis de montrer qu’on savait concevoir des équipements à coût mesuré pour ceux qui en ont besoin, grâce à nos marques propres.
Sur le marché, vous souhaitez vous distinguer avec une offre de lunettes de sport…
Tous nos magasins proposent en effet un corner sport. Près de 70% des Français ignorent qu’on peut être corrigé à sa vue pour faire du sport. Cela présente pourtant deux intérêts : ça vous protège, grâce à des verres spécifiques, et ça vous aide à être plus performant. Après les JO de Paris, durant lesquels nous avons été les opticiens officiels du Village olympique, nous sommes devenus partenaires de l’équipe de France de rugby, mais aussi des frères Lebrun, qui sont de vrais hypermétropes ! Ce segment a progressé de 3% l’an dernier, et représente déjà 4 à 5% de notre activité.
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