Avec le prix d’un petit appartement parisien, certains Français accèdent désormais à des résidences premium avec piscine, salle de sport, concierge et services intégrés, à quelques centaines de mètres des plages espagnoles. Sur la Costa Blanca, le profil des acheteurs français évolue : investisseurs lassés de l’immobilier français, retraités en quête de soleil ou cadres cherchant un pied-à-terre au bord de la Méditerranée composent désormais l’essentiel de la clientèle.

« La majorité de ma clientèle française recherche avant tout une résidence secondaire », explique Vincent Jos, agent immobilier entre Paris et la Costa Blanca. « Beaucoup achètent un bien qu’ils occupent quelques semaines par an avant de le louer le reste du temps via une conciergerie locale. » À côté de ces investisseurs, les futurs retraités sont de plus en plus nombreux à préparer leur installation définitive en Espagne. « Ils préparent leurs beaux jours et leur future résidence principale pour la retraite », résume le professionnel.

Des prix encore loin du littoral français

Si la Costa Blanca attire autant les Français, c’est d’abord parce que l’écart de prix avec le marché français reste spectaculaire. À Denia, station balnéaire située entre Valence et Alicante, le prix moyen atteint environ 3 300 euros du mètre carré en 2026 selon le portail immobilier espagnol Idealista, contre plus de 9 000 euros du mètre carré à Paris selon les Notaires du Grand Paris.

« On trouve encore des appartements entre 3 000 et 4 000 euros du mètre carré à proximité de la mer, avec piscine, parking et concierge. Les prix restent très inférieurs à ceux du littoral français », souligne l'agent immobilier. Les nouvelles résidences séduisent particulièrement les acheteurs français avec leurs équipements intégrés : piscine communautaire, salle de sport, espaces extérieurs et services de conciergerie sont devenus des standards dans de nombreux programmes récents.

L’Espagne profite aussi d’un contexte plus large favorable. Selon le classement 2025 d’InterNations, le pays figure parmi les destinations préférées des expatriés européens grâce à son climat, sa qualité de vie et un coût de la vie souvent jugé plus abordable qu’en France ou dans plusieurs pays d’Europe du Nord.

Paiement comptant, banques espagnoles : comment financent les Français

Dans les faits, les acquisitions réalisées sans crédit restent très fréquentes sur la Costa Blanca. « Les achats entre 150 000 et 200 000 euros sont souvent financés comptant pour des appartements proches de la mer », observe Vincent Jos. Les retraités qui vendent leur résidence principale en France réinjectent régulièrement le capital dans leur futur logement espagnol.

D’autres passent toutefois par une banque française, qui prend généralement une garantie sur un bien détenu en France pour financer l’achat en Espagne. Les banques espagnoles financent également les non-résidents, mais demandent souvent 30 % d’apport minimum. « La banque espagnole mandate aussi un expert immobilier pour vérifier la valeur réelle du bien avant d’accorder le financement », précise le professionnel. Les acheteurs doivent également obtenir un NIE, le numéro d’identification indispensable pour acheter un bien en Espagne.

Airbnb sous pression et pièges immobiliers

Mais derrière les résidences avec piscine et les prix attractifs, le marché espagnol cache aussi plusieurs pièges. « Dans les années 1980 et 1990, beaucoup de constructions ont été réalisées sans respecter totalement les règles d’urbanisme », explique Vincent Jos. Certaines extensions ou constructions illégales ne sont découvertes qu’au moment de la revente, avec à la clé des régularisations parfois complexes.

La location touristique est devenue l’autre point de vigilance majeur. « Le principal risque reste d’acheter un bien qui ne pourra finalement pas être exploité en location saisonnière », alerte l’agent immobilier. Sur certaines zones de la Costa Blanca, obtenir une licence touristique relève désormais du parcours du combattant. Certains promoteurs négocient directement avec les communes pour sécuriser ces autorisations avant même la commercialisation des programmes neufs.

Derrière ce tour de vis réglementaire, l’Espagne tente surtout de reprendre la main sur un marché immobilier de plus en plus sous pression, porté par l’explosion des résidences secondaires et des investisseurs étrangers sur son littoral méditerranéen.