
Le saviez-vous ? La pension de réversion n’est pas automatique, comme les antibiotiques… « C’est un paradoxe assez frappant, commente Laure Moudenc, directrice générale d’Ombello. C’est un droit essentiel, qui concerne des millions de Français. Pourtant, entre 8 et 10 % des bénéficiaires potentiels ne font jamais la demande ». D’autant plus dans un moment de vie particulier, la mort du conjoint, pendant lequel cette requête n’est pas forcément la priorité, ni même identifiée parfois. « Pour certaines personnes, il s’agit même d’une certaine forme de pudeur voire de gêne dans la démarche de demander une part de la pension de son défunt conjoint », ajoute-t-elle.
L’un des freins aux demandes des pensions de réversion est aussi la complexité de la procédure. Comme elle dépend de plusieurs régimes, il y a des règles différentes : taux, conditions de ressources, âge minimum… « Beaucoup de personnes n’ont pas conscience des parcours multirégimes et s’adressent seulement au régime principal sans aller chercher les compléments possibles, alerte l’experte. Or, cela correspond souvent aux carrières qui prennent plusieurs formes aujourd’hui ». Souvent, le défunt a d’ailleurs cotisé à plusieurs caisses : le régime général, l’Agirc-Arrco et éventuellement un régime de fonction publique ou de profession libérale.
Chiffres clés et faux calculs
Une erreur à ne pas commettre ? Ne pas déclarer les bons montants de ressources financières par peur de dépasser le plafond, en sous-déclarant ou au contraire, en gonflant les chiffres et intégrer des revenus exclus comme les allocations familiales, l’AAH, les APL et les indemnités journalières. « C’est plus technique mais fréquent finalement, déclare Laure Moudenc. Les règles de calcul sont complexes : certains revenus sont pris en compte, d’autres non. Dans les deux cas, cela peut pénaliser inutilement ».
Attention également à ne pas tarder à faire la demande car la pension de réversion n’est versée qu’à partir du mois suivant. Si chaque mois de retard est définitivement perdu, il existe une possible rétroactivité mais encadrée et en fonction des régimes : « Dans la plupart des cas, la rétroactivité du versement à la date du décès est possible si la demande survient dans les 12 mois qui suivent le décès. Passé un délai d’un an, chaque mois non demandé est définitivement perdu », précise-t-elle. Mieux vaut faire la démarche rapidement même si vous avez un doute car cela permet d’au moins sécuriser la date de départ des droits.
Déclaration continue et guiche unique
Ne pas prévenir les caisses de retraite des changements des ressources financières est également une erreur à éviter. En fait, la pension de réversion n’est pas figée et varie avec les revenus, la situation personnelle et surtout les évolutions réglementaires : « Par exemple, peu de personnes savent que la retraite complémentaire (Agirc-arrco) permet la pension de réversion sans condition d’âge quelle que soit la date du décès si le conjoint ou l’ex-conjoint a 2 enfants à charge au moment du décès ou s’il est en situation d’invalidité », prévient Laure Moudenc.
D’autant que les erreurs ne sont pas forcément facilement repérables. « Le fonctionnement des caisses peut être difficile à appréhender et les montants, difficiles à vérifier, prévient-elle. Les assurés n’ont pas toujours d’éléments de comparaison ». C’est notamment une des raisons pour lesquelles le Conseil d'orientation des retraites (COR) pilote une réforme structurelle de la pension de réversion qui pourrait bouleverser le dispositif dès 2027. Première étape, depuis mars 2026, les informations sont désormais centralisées et, il est possible de réaliser, via le site de Service Public, une seule demande de pension de réversion auprès de tous les régimes de retraite.



















