
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 suspend la réforme des retraites de 2023 jusqu'en 2028, avec des effets concrets dès le 1er septembre 2026 pour les personnes nées en 1964 et 1965 pour les carrières longues. « Concrètement, la génération 1964 passe à 170 trimestres cotisés requis au lieu de 171 grâce au gel de la réforme, détaille Marilyn Vilardebo, présidente d'Origami&Co. La génération 1965, elle, se voit appliquer une règle en deux temps : 170 trimestres jusqu'à fin avril, puis 171 à partir de mai. Pour les générations suivantes (1966 à 1968), rien ne change : le seuil reste fixé à 172 trimestres ».
Si une carrière longue permet de partir à la retraite avant l’âge légal, elle dépend de deux critères indispensables : Avoir validé cinq trimestres avant 20 ans (ou avant 21 ans depuis la réforme de 2023) et justifier d'un nombre suffisant de trimestres cotisés. « Attention, les trimestres de maladie, de chômage ou attribués pour les enfants ne sont pas forcément des trimestres cotisés, prévient l’experte. Autrement dit, ils ne sont pas issus du travail ». Même s’il existe certes des exceptions puisque quatre trimestres de chômage sont comptés pour deux années de chômage par exemple.
Deux décrets pour les femmes
Un décret, attendu prochainement, prévoit une avancée significative pour les femmes : deux des trimestres accordés pour enfants pourraient être reconnus comme « réputés cotisés » et donc intégrés dans le calcul de la carrière longue. Une mesure en apparence technique, mais aux effets très concrets : « De nombreuses femmes cumulent les trimestres nécessaires, sans pouvoir partir avant leur âge légal, puisque certains liés à leurs enfants n'entrent pas dans le décompte, explique Marilyn Vilardebo. Avec cette réforme, celles qui se trouvaient à deux trimestres près du seuil pourront basculer dans le dispositif, et partir potentiellement plus tôt ».
L’autre décret prévoit également une modification du calcul de la pension pour les mères de deux enfants ou plus, avec une moyenne calculée sur les 23 ou 24 meilleures années au lieu de 25. Sur le papier, la mesure semble généreuse. Dans les faits, son impact serait marginal. D’après les calculs d'Origami&Co, on parle d’une différence entre 50 et 85 euros par mois. « Pour que ça soit significatif, il faudrait avoir une année vraiment catastrophique parmi les 25 meilleures, ce qui n'arrive pratiquement jamais », note l'experte, qui évoque un effet d'annonce davantage qu'une réforme de fond.
Le cumul emploi-retraite
Encore en attente, c'est le changement le plus redouté. Aujourd’hui, le cumul emploi-retraite permet de percevoir sa retraite tout en continuant à travailler selon deux dispositifs, un plafonné, l’autre non. À partir du 1er janvier 2027, ces règles pourraient changer : « Le cumul sera drastiquement conditionné avant l’âge de 67 ans, décrit Marilyn Vilardebo. Et à un seuil de 7000 euros, au-delà, 50 % des revenus supplémentaires seraient déduits de la pension ». Si des dirigeants d’entreprises ou des professions libérales misaient sur ce dispositif, il serait temps de se pencher sur la question, surtout s’ils ont atteint leur âge légal cette année.
Moralité ? Il faut anticiper le sujet de la retraite, au moins à partir de 55 ans en général, et dès que possible pour cette année, selon que l’on est concerné par les décrets. « Trop de Français découvrent leurs droits trop tard et en subissant leur retraite », conclut l'experte. Sachant que les délais d'instruction des caisses atteignent cinq à six mois, il est temps de s’y mettre.



















