Dans le cadre du conclave sur les retraites engagé en 2025-2026, le Conseil d'orientation des retraites (COR) pilote une réforme structurelle de la pension de réversion qui pourrait bouleverser le dispositif dès 2027. « C’est un droit français qui permet de protéger le conjoint survivant, notamment pour maintenir son niveau de vie, précise Laure Moudenc, directrice générale d’Ombello. Selon les études, il y a à peu près 4,4 millions de Français qui en bénéficient, dont 87 % sont des femmes ». Sachant que 8 à 10 % des personnes qui pourraient y prétendre ne la demandent pas car elle n’est pas automatique.

Quelles sont les conditions pour la toucher ? Il faut être marié, avec ou sans condition de durée selon la caisse de retraite. S’il y a plusieurs mariages, elle est répartie au prorata temporis. L’âge requis est en moyenne 55 ans, ou selon les caisses, sans condition d’âge avec une pension d'invalidité. Et dernier point, les conditions de ressources. Pour le régime général, en 2026, il ne faut pas dépasser 25 001,60 euros pour une personne seule, 40 002,56 euros pour une personne en couple.

PACS et taux de réversion

« C’est le premier chantier du COR, pointe l’experte. L’élargissement de ce dispositif aux couples pacsés et aux concubins, pour être plus en adéquation avec la situation familiale des Français dans une société qui a profondément changé ». Aujourd'hui, une personne peut avoir vécu plusieurs dizaines d’années avec son conjoint, avoir contribué au projet de vie commun mais se retrouver sans aucun droit parce qu'elle n'a pas été mariée par choix. Derrière ce changement, un enjeu important pour les femmes, avec des carrières plus fragmentées et des revenus en moyenne inférieurs à ceux des hommes. « Il est fort probable que ce sujet avance », analyse Laure Moudenc.

« Dans l'inconscient collectif, il est question de l'intégralité de la pension de retraite du défunt, poursuit-elle. Mais la pension de réversion est partielle et peut aller de 54 % à 60 % du montant de la pension perçue ou que le défunt aurait pu aussi percevoir». Certaines caisses vont jusqu’à 100 %, sous réserve d’avoir pris une option facultative mais il y a encore pas mal de différence selon les affiliations à des caisses de retraite, ce qui implique des montants variés selon les parcours professionnels. L’idée du COR ? Instaurer un taux unique de pension de réversion pour tous les régimes et rendre le système plus lisible et plus équitable. « Bien entendu, il y aura des gagnants et des perdants, révèle-t-elle. Certains dispositifs historiquement plus favorables vont être revus à la baisse ».

La question des plafonds de ressources

L’autre point sensible ? « La généralisation des plafonds de ressources ». Aujourd’hui, selon les régimes, les revenus peuvent être déterminants ou ne pas compter du tout. Et quand ils comptent, ils varient du simple au double, comme celui de la sécurité sociale des indépendants, les artisans-commerçants, pour lequel le plafond est de 96 120 euros, soit deux fois le plafond annuel du régime général. « Soit cela relève d’une logique sociale, elle devrait être réservée à ceux et celles qui en ont le plus besoin, ajoute Laure Moudenc. Soit c’est une logique de droit, le fondement même du principe de la pension de réversion». Sans oublier la réalité économique de la mauvaise santé des caisses de retraite françaises.

Est-il possible d’anticiper ce sujet avant les réformes ? Pourquoi ne pas se marier d’ici l’échéance – incertaine - de 2027 ? Et surtout, ne pas hésiter à demander la pension de réversion quand on est concerné. « Mieux vaut la demander et se rendre compte que l’on n’y a pas droit plutôt que de dire qu’on ne savait pas, conseille l’experte. D’autant plus qu’on peut ne pas être éligible à l’instant T mais une situation personnelle peut évoluer, tout comme la réglementation ».