
Cryptos “miracles”, placements dans le vin, parkings écologiques ou encore faux tuyaux sur des OPA imminentes… Les arnaques financières n’ont jamais été aussi nombreuses, ni aussi convaincantes. Grâce à des sites impeccables et des discours bien rodés, les escrocs redoublent d’ingéniosité pour piéger les épargnants. Et même les profils les plus prudents peuvent se faire avoir.
Ainsi, en 2025, les signalements adressés à l’Autorité des marchés financiers (AMF) ont nettement progressé confirme Anne Delannoy, responsable de la surveillance des offres financières et alertes. Et les montants en jeu sont loin d’être anecdotiques : les pertes moyennes déclarées ont atteint 34 000 euros en 2025 contre 29 500 euros en 2024. « Il y a vraiment une industrialisation de masse des contenus illicites en ligne », alerte-t-elle.
Les fraudes aux transactions bancaires continuent de progresser
En témoignent les chiffres des fraudes liées aux transactions bancaires publiés par l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP). Au 1er semestre 2025, elles ont continué de progresser, avec un préjudice total de 618,4 millions d’euros, soit une hausse de 7,4% par rapport à la même période de 2024. Sites internet, applications mobiles, faux groupes WhatsApp ou Telegram : force est donc de constater que les canaux se multiplient, tout comme les scénarios.
Arnaques financières : les cryptos restent le premier terrain de chasse des escrocs
S’il existe des arnaques autour du vin, des parkings ou de placements atypiques, les cryptoactifs concentrent aujourd’hui l’essentiel des alertes. « C’est majoritairement sur les cryptoactifs que portent les demandes reçues concernant les arnaques », explique Anne Delannoy. Cela peut prendre la forme de trading en direct, mais aussi de robots de trading vendus comme automatisés et infaillibles.
D’autres thématiques reviennent en force, en particulier dans un contexte géopolitique et économique tendu. Or, terres rares, produits énergétiques ou placements prétendument adossés à des actifs “verts” : « Les escrocs surfent sur les modes et l'actualité », résume l’experte. Ces derniers adaptent leur discours au climat du moment, avec toujours le même objectif : crédibiliser une offre qui ne l’est pas.
L’IA a changé la donne
L’une des grandes nouveautés, c’est la qualité de présentation de ces escroqueries. Les vieux sites truffés de fautes et de mentions bancales ont laissé place à des interfaces très propres, parfois quasi indiscernables de celles d’acteurs régulés. « Vous avez affaire à des sites escrocs qui sont vraiment très bien faits, quasiment des copiés-collés de sites d'acteurs régulés », souligne Anne Delannoy.
L’intelligence artificielle facilite aussi les usurpations d’identité, les faux articles de presse, voire les deepfakes mettant en scène des personnalités censées révéler la source de leur fortune. À cela s’ajoutent les “arnaques au carré” : une victime d'une première fraude est recontactée par un faux interlocuteur se présentant comme un collaborateur de l’AMF ou d’une autre institution, promettant un remboursement des sommes perdues (sous réserve de lui régler au préalable un certain montant).
Arnaques financières : les 5 signaux qui doivent immédiatement alerter
Avant de confier le moindre euro, certains indices doivent pousser à la prudence.
- L’urgence à souscrire Appels répétés, relances insistantes, sentiment de “rater le coche” : les escrocs jouent sur le FOMO, le fear of missing out. « Si l’on vous pousse à investir immédiatement, méfiez-vous », insiste l’experte. Un investissement sérieux supporte toujours le temps de la réflexion.
- Une promesse de rendement trop élevée « Si une offre paraît trop belle pour être vraie, c’est que c’est probablement une arnaque »,, martèle Anne Delannoy. Un placement qui promet 10 % de rendement ou plus, sans risque ou presque, doit être considéré comme suspect. Il n’existe pas de rendement élevé sans niveau de risque élevé.
- L’absence d’identité claire en face Pas de mentions légales, pas de coordonnées vérifiables, pas de nom d’entreprise clairement identifiable : autant de drapeaux rouges. « Protégez vos données personnelles : on ne donnerait pas son numéro de carte bleue à un inconnu dans la rue, donc pourquoi le donner sur Internet ? » rappelle Anne Delannoy.
- Une usurpation d’acteur régulé ou d’institution connue Logos copiés, URL qui reprennent presque le nom d’une société autorisée, faux conseillers se réclamant d’un établissement connu : ces techniques restent fréquentes. L’AMF elle-même est régulièrement usurpée.
- Un discours très technique et très commercial Les fraudeurs savent paraître crédibles. « Les escrocs. s’appuient sur des arguments bien rodés pour faire miroiter à leurs potentielles victimes de soi-disant placements miracle », note Anne Delannoy. Le jargon technique n’est donc pas une preuve de sérieux.
Comment vérifier avant d’investir
Le premier réflexe consiste à vérifier si l’interlocuteur est autorisé à proposer le produit ou le service. L’AMF renvoie vers ses listes noires, ses listes blanches, ainsi que vers les registres officiels comme Regafi ou l’Orias, selon la nature du professionnel. L’AMF dispose aussi du site AMF Protect Épargne, qui propose un questionnaire pour aider les particuliers à évaluer un risque d’arnaque. En 2025, l’autorité a inscrit 405 sites internet sur ses listes noires et a obtenu la fermeture de 179 adresses de site internet. Un chiffre significatif, même s’il ne permet pas, juridiquement, de qualifier l’ensemble des cas d’“arnaques” au sens strict.
Les victimes ne sont pas celles qu’on croit
Les épargnants prudents ne sont pas à l’abri. L’urgence, la promesse de rendements supérieurs à ceux des placements classiques et la qualité de la mise en scène suffisent parfois à faire tomber des profils pourtant vigilants. Anne Delannoy le reconnaît : la mécanique repose sur la pression psychologique et sur la répétition des sollicitations.
Les données disponibles montrent d’ailleurs que ces escroqueries touchent fortement les moins de 35 ans, et particulièrement les hommes, sans doute parce qu’ils sont davantage exposés à certains placements en ligne, notamment les cryptoactifs



















