Une révolution managériale s'annonce ! Dans leur dernier ouvrage, Noise, Olivier Sibony, le Prix Nobel d'économie Daniel Kahneman et Cass R. Sunstein mettent en évidence un concept « caché en pleine lumière », celui de « bruit décisionnel », qui désigne la variabilité des décisions individuelles et affecte la plupart des décisions des managers. Les éclaircissements d’Olivier Sibony, déjà auteur de Vous allez redécouvrir le management ! (Flammarion).

On connaît mieux aujourd'hui, notamment grâce à vos travaux, la notion de biais cognitifs. Vous mettez aujourd'hui en avant un concept différent, celui de « bruit décisionnel ». De quoi s'agit-il exactement ?

Olivier Sibony : Les biais cognitifs sont des erreurs prévisibles, partagées et explicables. Par exemple, dans le cas d'un grand chantier, on sait d'avance que le budget et le délai de livraison sont systématiquement sous-évalués. Ces erreurs « prévisibles » sont liées à des biais tels que l'excès de confiance, les biais de confirmation, la polarisation de groupe. En revanche, si vous demandez à cinq personnes de prendre une décision sur un même sujet, chacune aura un avis différent. Le « bruit décisionnel » qualifie cette variabilité : c'est ce qui reste lorsque vous éliminez le biais cognitif. Et cela génère des erreurs invisibles, inexplicables, aléatoires.

Dans notre livre, nous présentons une étude menée sur le système judiciaire américain, mais elle serait aussi vraie en France : un même crime ne sera pas condamné de la même façon selon le tribunal chargé de le juger. C'est typiquement le résultat d'un bruit décisionnel : chaque juge se prononce en fonction de critères qui lui sont propres. Et la conséquence est une situation d'injustice.

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