Dans la guerre commerciale entre les États-Unis et le reste du monde, il n’y aura que peu de gagnants, et surtout un roi, Tesla. Le groupe automobile dirigé par Elon Musk peut se targuer d’avoir commencé sa journée en toute quiétude, quand d’autres de ses concurrents ont eu un réveil mouvementé. Selon une annonce du président américain Donald Trump, mercredi soir (jeudi matin pour nous), tous les véhicules importés aux États-Unis subiront des nouveaux droits de douane de 25% à compter du 2 avril prochain (3 avril pour nous).

Cette taxe à l’importation douanière vise bien sûr les modèles asiatiques mais aussi et surtout les européens jugés peu compétitifs, afin de réduire le déficit commercial américain. Bien que son patron ait protesté pour la forme, Tesla va passer entre les gouttes de cette mesure protectionniste trumpienne, produisant localement toutes les voitures qu'il vend aux États-Unis. Si toutes les précisions n’ont pas encore été apportées, cette politique aura en revanche des conséquences pour l'économie européenne. Quels sont les constructeurs les plus menacés par cette surenchère douanière ? Faut-il craindre un impact sur les exportations de la France ?

Quelle part des exportations de voitures françaises aux Etats-Unis ?

Selon la Commission européenne, les voitures neuves sont l’un des trois biens que l’Europe vend le plus aux États-Unis, avec les produits médicaux et pharmaceutiques et les médicaments. Les constructeurs allemands peuvent trembler car Washington est leur premier client en 2024, avec plus de 13% des exportations allemandes. Volkswagen serait le plus à plaindre, avec sa marque de luxe Porsche et ses modèles à forte marge. Le groupe automobile allemand exporte environ 160 000 véhicules assemblés en Europe outre-atlantique, dont 25 000 Macan par exemple. Des experts estiment que les nouveaux droits de douane pourraient diminuer les profits de Porsche de près d'un quart. Idem pour Mercedes et ses plus de 110 000 exportations vers les USA. D’ailleurs en Bourse, la future imposition des droits de douane a fait dégringoler ce matin le cours des actions de 4 à 5% de ces marques européennes, tout comme celui de Stellantis, qui pourrait aussi être une victime collatérale de l’administration Trump. Le groupe exporte près de 50 000 voitures aux États-Unis à partir de ses usines européennes, comme les Jeep Renegade et Compass.

La France est quand même moins exposée car les exportations tricolores sont minimes : 0,1% des importations automobiles américaines est d’origine française selon l’outil Trade Map. Renault ne vend presque pas de voitures outre-Atlantique et Peugeot et Citroën y ont une présence limitée. Toutefois, cette surtaxe ne pourra que compliquer leur accès au marché américain, voire mettre à l’arrêt le plan de développement en ce qui concerne Alpine. De plus, l'industrie automobile française approvisionne de nombreux constructeurs internationaux présents aux États-Unis en pièces détachées, dont les Allemands. Leurs chaînes d’approvisionnement déjà fragilisées par les crises récentes, les équipementiers français comme Valeo, Faurecia ou Plastic Omnium, pourraient ainsi voir leurs exportations vers les États-Unis affectées, entraînant des répercussions sur l'ensemble de la filière automobile en France.

Bruxelles a rapidement fait savoir qu’elle n’excluait pas des mesures de rétorsion. Quoiqu’il en soit, les constructeurs et équipementiers français doivent rapidement évaluer l'impact de cette mesure sur leurs activités et envisager des stratégies pour atténuer ses effets. Dans ce contexte incertain, la diplomatie commerciale européenne sera mise à l'épreuve pour défendre les intérêts de l'industrie automobile du continent.

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