Soyons cash ! Avant le mouvement «Bloquons tout», qui se déroule ce mercredi 10 septembre, certains militants et collectifs impliqués dans la mobilisation ont appelé à délaisser la carte bancaire pour ne payer qu’en liquide. Et cela, pas seulement pendant une unique journée, mais pour une durée d’un mois. «Si 10 millions de Français font cette action sur 1 mois, c’est 15 milliards d’euros détournés du système, dont 6 milliards ‘évaporés’ : commissions, tracking, monétisation, données client. Et c’est légal», a lancé sur X le compte «Opérations spéciales», porteur de cette initiative.

Retirer de l’argent «par petites quantités» et payer seulement en espèces, notamment «chez les petits commerçants» qui doivent régler des frais pour chaque transaction réglée par un terminal de paiement (TPE), ont pour objectif de pénaliser les banques. Pourtant, plusieurs experts s’accordent à dire que cette idée n’aurait qu’un impact mineur sur le secteur. C’est le cas de Michel Ruimy, économiste et professeur à Sciences Po, qui a expliqué, à franceinfo, le faible manque à gagner des banques si tous les détenteurs d’une carte bancaire cessent de l’utiliser pendant un mois en France. Il l’estime à environ 1,4 milliard d’euros.

Seulement un acte symbolique ?

Ce mouvement part de la volonté de protester contre les frais bancaires. Là-encore, Michel Ruimy évoque les effets dérisoires de cette grève de la carte bancaire: «Les commissions sur les paiements par carte sont vraiment une part infime des sources de revenus des banques. [Leur suspension] ne mettra pas en péril leur santé ou leur structure financière.» Bien que les transactions par carte (48%) ont dépassé en volume celles en espèces (43%) dans les commerces, selon un bulletin de la Banque de France, en 2024, les paiements par carte ne représentent finalement qu'une très faible part des montants réglés. En effet 89% de l’ensemble des paiements sont réglés par des virements, contre 2,3% par la carte bancaire.

La grève de la carte bancaire pourrait même avoir l’effet inverse. L’usage exclusif d'espèces, à défaut de financer les banques, peut «enrichir l'Etat», signale Abel François, professeur en économie à l'EM Strasbourg Business School. En émettant de la monnaie, la Banque de France génère des profits qui vont couvrir ses frais de fonctionnement, dont l'excédent est reversé à l'Etat. «Est-ce que [la grève] va ennuyer les banques ? Oui. Mais est-ce qu'elles vont s'effondrer à cause de ça ? Non», plaide enfin Christophe Nijdam, administrateur de l'association l'Institut pour l'éducation financière du public.