
Regardez les photos ci-dessous. A gauche, un jean déjà porté mais encore impeccable, comme il s’en écoule fréquemment sur les sites de revente en ligne de vêtements, très appréciés des consommateurs en quête de bonnes affaires. A droite, le même pantalon, cette fois tout abîmé. De quoi faire râler un acheteur s’il le reçoit dans cet état. Sauf que cette seconde image est factice. Nous l’avons générée en un tour de main grâce à l’intelligence artificielle (IA). Le problème, c’est que certains internautes font de même à des fins malhonnêtes. Il leur suffit en effet de déclarer que l’article reçu est en mauvais état, fausses photos à l’appui, pour être remboursé tout en le conservant. De son côté, le vendeur a tout perdu.
Cette fraude grâce à l’IA est la dernière variante des nombreuses arnaques dites au «refund», consistant pour les utilisateurs de sites d’occasion à inventer des excuses (colis jamais reçu ou vide…) pour activer les procédures de remboursement prévues en cas de litige. Heureusement, cette pratique reste encore très minoritaire sur les millions de transactions effectuées par an, comme le relève la communication du site Leboncoin. «Nous n’avons observé à ce jour que très peu de cas où des photos jointes à un dossier de litige semblaient avoir été modifiées ou générées artificiellement.» Même son de cloche chez Vinted qui précise que l'usage de l’IA est autorisé pour soigner une présentation, «mais pas à des fins trompeuses, dans des annonces ou lors de litiges».

Difficile de contrer les fraudes générées par l'IA
Pour le moment, sur les groupes de conseils essaimant sur Facebook, les clients se plaignent surtout de photos retouchées à l'aide de l’intelligence artificielle pour inciter à l’achat. Recadrage, éclairage, colorisation, contrastes... Résultat, des baskets salies ou des articles au tissu défraîchi paraissent comme neufs. Bref, l’inverse de notre nouvelle entourloupe.
Ce recours à une IA mensongère est un vrai danger difficile à contrer. «Le mieux est de tout documenter avant la vente, conseille Emilie Schrevens, formatrice en e-commerce. Prendre des photos sous tous les angles, avec de la lumière blanche, filmer le produit avant son envoi ainsi que l’emballage de A à Z.» Si, malgré ces précautions, une vente frauduleuse est conclue, déposer une réclamation auprès du service support est indispensable.
Chez Vinted, toutefois, le premier niveau d’analyse est confié à un bot. De l’IA pour traiter des réclamations liées… à l’IA. Cela signifie une étude superficielle des dossiers. Par ailleurs, le site facturant des frais à l'acheteur et non au vendeur à chaque transaction, il donne généralement raison au premier plutôt qu’au second en cas de contestation. Il est aussi possible de s’adresser à un avocat, dès que les montants en jeu sont suffisamment significatifs. «Une fraude à la politique de remboursement constitue une inexécution contractuelle de mauvaise foi au sens de l’article 1104 du Code civil, soulève Nathan Benzacken, avocat en propriété intellectuelle et droit du numérique. En pratique, le vendeur peut agir, mais il se heurte souvent à un problème de preuve.» Et il faut garder en tête les coûts d’une action judiciaire, qui peuvent vite se chiffrer en milliers d’euros. Prudence, donc.
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