
La Cour des comptes alerte sur la dérive des comptes de la Sécurité sociale. Dans un rapport publié mercredi 27 mai et relayé par 20 Minutes, l’institution estime que ramener les comptes à l’équilibre d’ici 2030 nécessitera un effort massif, évalué à environ 10 milliards d’euros par an. Pour la Cour, le redressement ne peut plus attendre. «Il est indispensable d’engager, dès à présent, un plan d’action» afin de revenir à l’équilibre en 2030, souligne-t-elle, en estimant qu’il faudrait mobiliser «6 milliards supplémentaires par an», en plus des 4 milliards déjà envisagés par le gouvernement.
L’institution insiste sur l’urgence d’une trajectoire plus rigoureuse, alors que les déficits s’installent durablement à un niveau élevé. Le constat est sévère : le déficit de la Sécurité sociale n’est plus considéré comme «soutenable». Il a atteint «21,6 milliards d’euros en 2025, niveau le plus élevé depuis 2012, hors années exceptionnelles de la pandémie de Covid-19», rappelle la Cour. La loi de financement de la Sécurité sociale prévoit de le ramener à19,4 milliards d’euros en 2026, mais il resterait durablement au-dessus de 20 milliards d’euros les années suivantes, malgré un effort d’économies annoncé de 4 milliards par an par l’exécutif.
Retraites, santé, recettes : des leviers multiples
En outre, ces prévisions ne tiennent pas compte de l’impact potentiel des tensions géopolitiques. Selon la Cour, la guerre au Moyen-Orient pourrait encore alourdir le déficit de 3 milliards d’euros en 2026 et jusqu’à 5 milliards en 2027, dans un scénario qualifié d’«optimiste». Pour revenir à l’équilibre en 2030 et éviter une dérive de la dette, la Cour appelle à agir sur plusieurs leviers : ralentir la progression des dépenses de santé, rééquilibrer les régimes de retraite et augmenter les recettes. Elle évoque notamment la suppression de certaines niches sociales et une meilleure cible des allègements généraux, afin de renforcer les ressources du système.
Le rapport propose plusieurs pistes, dont certaines qualifiées d’«extrêmement impopulaires». Parmi elles, l’extension des franchises médicales et participations forfaitaires. Celles-ci pourraient concerner davantage d’actes du quotidien, comme les consultations chez le dentiste ou la sage-femme, ou encore certains médicaments et dispositifs médicaux. Une évolution qui pourrait rapporter environ 600 millions d’euros. La Cour alerte également sur la hausse des fraudes, certaines pratiques de facturation jugées abusives, ainsi que des cas de «refus de prise en charge» de patients peu rentables.
Transport sanitaire et hôpital dans le viseur
Parmi les autres pistes évoquées figure une réforme des transports sanitaires, dont la dépense a atteint 6,15 milliards d’euros en 2024. L’institution suggère de limiter les remboursements et de revoir le principe du libre choix du transporteur, afin de favoriser des transports mutualisés. Elle met aussi en avant des économies potentielles liées à la réduction des «hospitalisations inadéquates». Entre séjours évitables et durées trop longues, ces inefficacités représenteraient jusqu’à 4,2 milliards d’euros d’économies annuelles potentielles.











